Prenez des sujets comme les changements climatiques, les vaccins, la grippe A (H1N1)… Compréhension scientifique, partis pris, couverture journalistique, perception du public sont le cocktail d’une controverse assurée. Entre les médias soupçonnés de créer ou d’amplifier la controverse et le public qui essaie de discerner la vérité, la science est parfois malmenée.

Sharon Dunwoody est professeure à l’école de journalisme et de communication de masse de l’Université du Wisconsin à Madison. En clôture du cycle de conférences de la Chaire de journalisme scientifique Bell Globemedia de l’Université Laval, elle est venue expliquer comment traiter ces sujets controversés.

Il est vrai que la tâche est ardue pour le journaliste qui doit analyser les données parfois contradictoires fournies par les experts, en discerner le vrai du faux et en extraire une synthèse véridique pour le public. Le journaliste a généralement recours à deux stratégies non exclusives : l’objectivité et l’équilibre.

Pour souscrire au principe d’objectivité, il s’efforce de comprendre le discours de l’expert et s’applique à transmettre le message fidèlement. Les propos du journaliste reflèteront avec exactitude ceux de l’expert. Mais, insiste Sharon Dunwoody, « exactitude ne veut pas dire véracité ». Le journaliste en est bien conscient et c’est pourquoi il s’efforce aussi d’équilibrer ses propos en interrogeant plusieurs experts pour transmettre une fourchette d’avis sur le sujet controversé. Sa stratégie se résume ainsi : « J’ai tenté de capter le spectre des opinions et je vous les livre. Je ne sais pas où est la vérité, mais elle est quelque part dans ce continuum ».

Dans ce cas, précise l’experte, la déception est double : le public confus devra seul se frayer un chemin vers la vérité et les scientifiques seront frustrés de ne pas voir leur point de vue se démarquer. Quant au journaliste, en délaissant la véracité, il n’aura fait qu’une partie de son travail.

Le journaliste est responsable de mettre le public sur le chemin de la vérité, estime-t-elle. S’il doit respecter la diversité et l’exactitude des avis, il doit aussi identifier clairement les experts et leurs travaux et s’y référer pour discerner les données scientifiques qui ont du poids et desquelles se dégagent les preuves. C’est ce qu’elle appelle le « poids des preuves», autour desquelles le journaliste doit construire sa narration.