Soixante-dix pour cent des patients atteints d'un cancer avancé vivent avec la douleur physique. Pour plus du tiers, cette souffrance atteint une intensité allant de modérée à extrême.

« C'est énorme », déclare Pierre Gagnon, psycho-oncologue au Centre de recherche en cancérologie de l’Université Laval, et cosignataire d’une étude menée par des chercheurs de cinq autres provinces canadiennes. Il précise que « ces patients étaient mieux suivis que les autres », de sorte que la proportion de patients souffrants pourrait se révéler « pire » dans une population « normale » qui aurait un accès moins optimal aux soins.

Par ailleurs, la dépression, l’isolement social et les questions existentielles sur la perte de dignité et de contrôle frappent deux fois plus fort les patients qui ressentent le plus de douleur.

L’étude, publiée dans la revue Pain Research and Management, visait non seulement à évaluer l’ampleur de la douleur de 381 cancéreux admis aux soins palliatifs, mais elle visait aussi à relier cette douleur à 21 craintes et symptômes. C’est ainsi que plus de 70 % des patients qui ont rapporté une douleur modérée à extrême ont également dit ressentir de la faiblesse et un malaise généralisé. S’y ajoutent des symptômes comme la souffrance et la nausée, dans une proportion trois fois plus élevée que le groupe ne ressentant pas ou peu de douleur.

Constats

« Le système de santé est déficient et il manque de soins palliatifs », tranche Pierre Gagnon à la lumière de ces résultats. Car l’accessibilité a une incidence très forte sur la gestion de la maladie, observe-t-il. « Les patients sont mieux soulagés quand ils sont mieux suivis ». Pour corriger la situation, il faut regarnir les services de base : « il manque de médecins de famille, d’infirmières, de soins à domicile ». Il faut aussi tenir compte des patients qui refusent la médication et préfèrent subir la douleur. Si l'on formait « plus d’équipes qui connaissent mieux la douleur, on pourrait mieux rassurer les patients qui souffrent. »

Cette cohorte de patients en fin de vie constituait en même temps le noyau d’une autre recherche, axée sur l’opinion face à l’euthanasie. Le spécialiste estime cependant qu’il faut avant tout continuer de s'attaquer à la souffrance des cancéreux. Il reste « beaucoup de devoirs à faire avant de passer à l’euthanasie », conclut-il.