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Manipuler l'info, ça marche

Agence Science-Presse, le 18 août 2011, 13h33

(Agence Science-Presse) Créer des groupes à seule fin de manipuler l’information scientifique pour tromper le public? Ça marche. Les compagnies pétrolières et les mouvements de droite qui s’y consacrent depuis des décennies n’agissent peut-être pas en vain.

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© Dundanim | Dreamstime.com Manipuler l'info, ça marche

Pour en savoir plus:

- Charles H. Cho, Martin L. Martens, Hakkyun Kim and Michelle Rodrigue, Astroturfing Global Warming: It Isn’t Always Greener on the Other Side of the Fence, Journal of Business Ethics.

Des chercheurs ont eu l’idée de créer de faux sites web contenant de l’information tantôt «orientée idéologiquement», comme l’auraient écrit ces groupes, et tantôt plus «scientifique», afin de voir l’impact que le tout aurait sur des étudiants universitaires.

Il faut rappeler que le processus de création de ces groupes (appelés dans cette recherche, en anglais, astroturfing) remonte à l’époque de la lutte anti-tabac. (voir ce compte-rendu d'un livre sur le sujet) Face à l’opposition montante, les compagnies ont fait appel à des firmes de relations publiques qui ont inscrit au coeur de leur stratégie la création de «groupes de réflexion» et autres organismes soi-disant indépendants: c'est-à-dire des économistes et des scientifiques payés pour rédiger des «avis» et des «recommandations», ou écrire des lettres aux journaux, mettant en doute l’association entre tabac et cancer.

Le but derrière cette stratégie n’était pas de démontrer que le tabac ne cause pas le cancer: le but, comme on peut le lire dans les documents d’époque, était de semer le doute dans l’esprit du public et des politiciens. Créer l’illusion qu’il subsistait, parmi les scientifiques, un débat sur les méfaits du tabac. Le même procédé a ensuite été réutilisé autour du climat.

Or, s’ils continuent, c’est que ça marche, à en croire l’expérience dont il est donc question ici, menée par Charles H. Cho, qui était alors à l’Université Concordia, à Montréal, aujourd’hui attaché à la Grande École de commerce de Paris. Quatre chercheurs ont testé huit faux sites sur le climat (accessibles uniquement à l'interne) auprès de 278 étudiants (simplement décrits dans la recherche comme des étudiants «canadiens»), en prétendant qu’il s’agissait d’une étude de marketing: les étudiants croyaient donc avoir pour tâche d’évaluer la «fonctionnalité» des sites.

On leur demandait donc leur opinion sur le design, mais on les interrogeait aussi, avant et après, sur ce qu’ils pensaient des changements climatiques. Certains des sites présentaient un logo du type «financé par Exxon-Mobil» ou «financé par des dons de gens comme vous». Le contenu, affirment les chercheurs, était inspiré de véritables sites.

Ils concluent de leur survol que les étudiants qui ont vu un site contenant les arguments «anti-réchauffement» typiques, émettaient plus de doutes sur le climat qu’auparavant.

Les résultats montrent que les gens qui ont utilisé des sites [financés par l’industrie] sont devenus plus incertains sur les causes du réchauffement climatique et le rôle des humains dans le phénomène, que les gens qui ont utilisé des sites [défendant les positions scientifiques].

Les chercheurs précisent que les étudiants qui en savaient moins sur les changements climatiques seraient les plus susceptibles d’être influencés. Mais le problème de leur étude est que l’échantillon est petit (chaque étudiant ne voyant qu’un site, cela ne signifie qu’environ 25 étudiants par site) et biaisé (les étudiants universitaires ne constituent pas un échantillon représentatif de la population). En revanche, c’est apparemment la première fois que des chercheurs jettent un tel regard statistique sur ce type de manipulation de l’information scientifique, une idée qui va peut-être en inspirer d’autres...