Un comité formé il y a un an par le gouvernement canadien pour évaluer la justesse des aides gouvernementales à la recherche, recommande la création d’un ministère de l’Innovation, et une transformation en profondeur du puissant Conseil national de recherches, au profit des entreprises.

Ce rapport, dévoilé aujourd’hui, 17 octobre, cible l’innovation ou plus précisément «le retard» du Canada en matière d’innovation, une perception qui était à la base de son mandat. En effet, bien que son titre ratisse large («examen du soutien fédéral à la recherche et au développement»), c’est le concept d’innovation dans le secteur privé qui intéressait ce panel de six experts. Comme en témoignait l’introduction de leur document de consultation:

L'innovation au sein des entreprises est de plus en plus essentielle au maintien de l'avantage concurrentiel du Canada à l'échelle mondiale et du niveau de vie élevé au pays. Le gouvernement du Canada (...) fournit d'ailleurs une aide financière considérable par l'intermédiaire de stimulants fiscaux et de programmes d'appui direct.

Pourtant, poursuivait-on, malgré ces aides financières —évaluées à 5 milliards$ par an— le Canada traînerait de la patte par rapport aux autres pays, d’où la mission du comité: voir ce qui pourrait être fait (et défait) parmi les multiples programmes d’aide à la recherche. En janvier 2011, le mathématicien Nassif Ghoussoub, de l’Université de Colombie-Britannique, évaluait sur son blogue à plus de 150 le nombre de programmes financés par le fédéral; le comité en compte plutôt 60.

Parmi les recommandations, figure d'abord celle de créer un nouveau Conseil sur la recherche et l’innovation industrielles (CRII), qui servirait de «plateforme commune» aux demandes des entreprises. Il est également recommandé de remplacer certains des crédits d’impôt aux entreprises par des mesures plus efficaces, axées davantage sur «les coûts de main-d’oeuvre» que sur les applications.

Si ces deux recommandations visent à satisfaire le milieu des affaires, la recommandation qui risque de faire le plus de bruit dans le milieu universitaire est celle consistant à transformer les instituts actuellement sous la gouverne du Conseil national de recherches. Ceux axés sur la recherche appliquée seraient transformés en des organismes à but non lucratif, sous la supervision du CRII; ceux axés vers la recherche fondamentale seraient récupérés par les universités.

Plus de 200 mémoires ont été déposés l’hiver dernier, en provenance de géants de l’industrie comme Pratt & Whitney et Bombardier, d’universités et du gouvernement lui-même.