Au Québec, on parle beaucoup des ingénieurs depuis deux ans, et rarement en bien. Ils sont entraînés, bien malgré eux, dans le tourbillon des accusations de collusion qui entachent la politique québécoise. L’éthique et l’implication sociale devraient-elles s’ajouter à leur formation? C’est le sujet de notre émission de cette semaine.

En fait, poser cette question, au moment où nous commençons notre 4e saison, nous a fait réaliser combien on connaît mal les ingénieurs. Au cours des trois dernières saisons, il a souvent été souligné qu’on entendait fort peu les scientifiques, qu’ils étaient peu présents dans les débats publics, dans les médias... Mais les ingénieurs, eux, semblent encore plus discrets.

C’est une fausse perception, répond André Rainville, directeur général de l’Ordre des ingénieurs du Québec, qui considère qu’au contraire, les ingénieurs sont plutôt actifs socialement. Patricia Boivin, présidente de l’Association étudiante à Polytechnique —un exemple d’implication sociale s’il en est— rappelle que leur formation « est quand même avant tout technique », ce qui ne les prépare pas nécessairement à se mettre de l’avant.

Bernard Lapierre apporte un regard particulier : philosophe et éthicien, il donne depuis 11 ans un cours sur l’éthique, offert à tous les bacheliers en génie à Polytechnique. Il rappelle dans quel contexte ce cours a été créé en 2000... et dans quel contexte il s’inscrit aujourd’hui, avec les événements que l’on sait.

Les invités :

En musique : The Freshman Engineering Song, par des étudiants en génie de l’Université Drexel (2008)

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Je vote pour la science est diffusée le mardi à 11h à Radio Centre-Ville (102,3 FM Montréal). Vous trouverez sur cette page des liens vers les émissions de la saison précédente. Pour en savoir plus sur l'initiative Je vote pour la science, rendez-vous ici. Vous pouvez également nous suivre sur Twitter et nous télécharger sur iTunes.

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Transcription : les actualités de la semaine

Parmi les actualités science et politique qui ont retenu notre attention cet été : au grand plaisir des écologistes, le Québec a réitéré le 6 juillet sa promesse de créer une bourse du carbone d’ici 2013. Et, jeudi dernier, la Californie a annoncé la création de sa bourse du carbone.

Le lien entre les deux? Eh bien, en général, il est plutôt difficile de créer un marché quand on est tout seul. Et comme, depuis l’an dernier, les provinces canadiennes et les États américains semblaient se désister les uns après les autres, les écologistes commençaient à s’inquiéter.

Une bourse du carbone est un système d’échange qui permet à une industrie qui aurait réduit ses émissions de gaz à effet de serre de vendre des crédits à une autre industrie, qui n’aurait pas fait assez d’efforts. L’industrie verte a donc une récompense, tandis que la fautive paye. L’annonce californienne pourrait donc encourager le Québec à ne pas abandonner.

La Californie en a d’ailleurs profité, là aussi au grand plaisir des environnementalistes, pour annoncer de nouvelles normes anti-pollution et de nouveaux objectifs de réduction des gaz à effet de serre d’ici 2020, ce qui fait d’elle un chef de file à travers toute l’Amérique du nord.

Tout un contraste avec les candidats à la présidence du parti républicain, qui ont eux aussi retenu notre attention cet été. Ces candidats se sont déclarés, tous sauf un, sceptiques face au réchauffement climatique, au moins deux se sont dit sceptiques de la vaccination, au moins deux s’opposent aux cellules souches, et le gouverneur du Texas, Rick Perry, a déclaré que des centaines de scientifiques étaient créationnistes et qu’il faudrait l’enseigner dans les écoles au même titre que la théorie de l’évolution.

Observant tout ça, le Nobel d’économie Paul Krugman a défini ces candidats comme n’étant pas seulement anti-science, mais anti-connaissances.

... Ça augure mal pour un éventuel débat sur la science entre de futurs candidats à la présidence. Vous vous rappellerez peut-être que JVPLS était né en 2008 en s’inspirant d’une initiative américaine, Science Debate, qui en avait appelé cette année-là à un débat sur la science entre les candidats américains... Eh bien ils vont peut-être remettre ça, parce qu’un site web Science Debate 2012 est apparu ces dernières semaines et les bénévoles semblent à nouveau s’activer. On va vous en reparler dans les prochaines semaines.

Mais en attendant, en France, c’est Je vote pour la science cette fois, qui a servi d’inspiration, puisque nos cousins français ont créé le mois dernier Votons pour la science. À l’occasion des primaires du parti socialiste, ils ont envoyé aux six candidats une série de questions sur des enjeux scientifiques, par exemple les énergies du futur, et trois de ces candidats leur ont répondu, dont celui qui a été finalement élu, François Hollande.

Là encore, la poignée de bénévoles derrière Votons pour la science a bien l’intention de récidiver, à l’occasion des présidentielles qui auront lieu le printemps prochain.