Selon l’Organisation mondiale de la santé, sept Canadiens sur dix ont déjà eu recours à la médecine alternative. Trois scientifiques américains se sont livrés à une réflexion sur cette pratique aux fondements souvent nébuleux, à l’occasion du 7e Symposium public en science Lorne Trottier.

«Il n’y aura pas de débat ici ce soir, a lancé d’entrée de jeu Joe Schwarcz, directeur du bureau pour la science et la société de l’Université McGill. Nous allons examiner les médecines alternatives sous un angle scientifique, en nous basant sur la présence ou l’absence de preuve.» Le ton était donné pour une conférence où la médecine alternative, en l’absence de champion pour la défendre, en a pris pour son rhume.

Faut-il soigner son Qi?

Harriet Hall, docteure à la retraite et sceptique reconnue, a ouvert le bal avec une critique en règle de l’acupuncture. Popularisée au 20e siècle, alors qu’on la présente souvent comme une pratique ancestrale, l’acupuncture est souvent considérée comme ayant fait ses preuves, au grand dam d’Harriet Hall, qui précise qu’elle repose plutôt sur une série d’idées reçues. «Il faut accepter que les points de tension, les méridiens et le Qi, cette énergie mystérieuse, existent. Il faut aussi croire que notre malaise vient du fait que ce Qi est bloqué, et que d’en relancer la circulation nous guérira. Or, absolument rien de tout cela n’est démontrable scientifiquement!»

Le téléphone cellulaire, un tueur en série?

Réels ou imaginaires les risques de cancer liés aux cellulaires? Avec cinq milliards de téléphones cellulaires en circulation, la question a son importance. Le sujet fait vendre aussi. Ces dernières années, une pléthore de livres alarmants est apparue sur les rayons. Succès assuré, avec des titres aussi évocateurs que Currents of Death ou Disconnect!

«La science est la seule façon de comprendre les choses, tout le reste est de la superstition», a soutenu Robert Park, physicien et auteur du célèbre blogue What’s New. Or, ce que la science dit au sujet des téléphones cellulaires est loin d’être catastrophique, selon lui. Les ondes de ces téléphones ne sont pas ionisantes, contrairement, par exemple, aux ultra-violets et ne devraient donc pas représenter un danger pour la santé humaine. De plus, nous sommes dans cette période de latence, où l’usage d’un nouvel appareil est trop récent pour que l’on en mesure les effets. «Il n’y a pas un seul cas au monde de cancer dont le lien avec le téléphone cellulaire peut être scientifiquement démontré», a souligné Robert Park.

Les vaccins, nouveaux ennemis publics

Le médecin Paul Offit s’est pour sa part inquiété du rejet des vaccins, un phénomène inquiétant qui a des effets négatifs sur la santé publique, comme en font foi les épidémies de rougeole au Canada et aux États-Unis. Chez nos voisins du Sud, 2% de la population refuse de faire vacciner leurs enfants, alors que 20% retardent les vaccins.

Pourtant, les arguments invoqués contre les vaccins ne sont pas scientifiques, et ceux qui les attaquent le sont encore moins. Paul Offit a donné l’exemple de la comédienne Jenny McCarthy, mère d’un enfant autiste, laquelle mène une campagne agressive contre le vaccin de la rougeole, qu’elle juge responsable de cette maladie. «Nous avons oublié l’impact de maladies comme la rougeole, croit Paul Offit. Les gens craignent plus les vaccins que la maladie. Or, une maladie comme la rougeole peut entraîner la mort, alors que les risques des vaccins sont souvent imaginaires.»

Comment expliquer que des pratiques ou des idées si peu scientifiques soient si populaires? «Nous avons quelque chose à apprendre des praticiens de la médecine alternative, a admis Harriet Hall. Ils sont bons dans l’art de la médecine. Nous sommes bons dans la science de la médecine. Nous devons apprendre à mieux nous occuper de nos patients, sur le plan humain.»