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Les débrouillards

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Science et politique ont besoin l'un de l'autre

Pascal Lapointe, le 19 décembre 2011, 9h33

(Agence Science-Presse) En 2007, un organisme américain analyse les questions alors posées aux candidats à la présidence dans les émissions d’affaires publiques de la télé. Sur 2975 questions... six parlaient de changements climatiques. En comparaison, trois parlaient d’OVNI.

Trop d’avocats en politique?

«Combien d’élus ont un diplôme en droit —et combien, à votre avis, ont évité les cours de science comme la peste? Pas étonnant que nous ayons davantage de rhétorique que de faits dans nos politiques.»

Sur le mythe du déficit de connaissances

«Mais qu’arrive-t-il si le problème n’est pas que le public manque de connaissances? Et si le problème était que le public a les connaissances, ou du moins en a l’accès, mais qu’il rejette la science de toutes façons? Les réponses données, à droite, aux questions formulées sur l’évolution, et le fait que la plupart des anti-vaccinations, à gauche, soient bien scolarisés, renforcent cette possibilité. Que faisons-nous alors?»

L’impact d’un débat sur les parents

«En mettant la science à la place qu’elle mérite, en tant que partie intégrante de la discussion sur les politiques de la nation, les parents peuvent en apprendre davantage, dans le contexte où ils sont habitués de prendre leur information. (...) Cela leur permet de se familiariser avec des arguments basés sur la science et la technologie, plutôt qu’une simple rhétorique. D’apprendre ou réapprendre comment distinguer les deux, et comment utiliser cette façon de penser, non seulement pour faire des choix aux élections mais aussi pour discuter avec leurs enfants »

Ailleurs sur le site:

Culture et inculture:

- Sur une conférence célèbre dans les milieux académiques, «Les deux cultures», par Charles P. Snow (1959), et un colloque à ce sujet en 2009.

- Culture et inculture scientifique: amorce de réflexion

- L’Amérique déscientisée

Science Debate: les premiers pas (2008)

- A quand un peu de science en politique? (6 février 2008).

- Les scientifiques mettent un pied en politique (26 août 2008).

- Obama et McCain se prononcent sur la science (15 septembre 2008).

A visiter:

- Le blogue de Shawn Otto, NeoRenaissance.

Que ça plaise ou non aux scientifiques, la science EST politique. Mais attention: pas dans le sens auquel songent ceux pour qui les climatologues sont d’affreux socialistes. C’est plutôt que nous avons atteint un moment de l’histoire où les bienfaits du progrès scientifique ont un coût et obligent à faire des choix d’une ampleur jamais vue auparavant: sur les écosystèmes, notre alimentation, notre santé, notre vie matérielle...

Ces enjeux signifient que la science ne peut plus être traitée séparément de la politique... et pourtant, ce divorce caractérise plus que jamais notre société.

C’est le fil conducteur suivi par le journaliste et scénariste américain Shawn Lawrence Otto dans son premier livre, Fool Me Twice: Fighting the Assault on Science in America. Il est impératif, répète-t-il à plusieurs reprises, de construire davantage de ponts entre science et politique. «Cela oblige tous les scientifiques, partout, à sortir de leurs laboratoires et à parler de ce qu’ils savent sur la place publique.»

Et Otto a eu les deux pieds dans un tel pont: il a été un des fondateurs de Science Debate 2008, cette pétition qui, en 2008, en a appelé à la tenue d’un débat sur la science entre les candidats à la présidence des États-Unis. Nous en avons souvent parlé dans ces pages, puisque c’est Science Debate qui avait inspiré la pétition Je vote pour la science, l’émission de radio puis le questionnaire aux partis politiques canadiens.

Le débat américain n’a jamais eu lieu —mais Science Debate a généré en 2008 un engouement comme on n’en avait jamais vu dans la communauté scientifique. Et une édition 2012 est en marche.

Ridiculiser les mouches à fruits

En commentant ce livre, je suis évidemment biaisé: ayant participé avec ma collègue Josée Nadia Drouin à la création de Je vote pour la science, je crois moi aussi à l’importance —pour ne pas dire l’urgence— d’insuffler de la science en politique. Je pense que Fool Me Twice pourrait être une lecture obligatoire pour tous ceux qui ont à coeur une meilleure vulgarisation de la science, et qui n’ont pas compris pourquoi cette connexion science-politique est fondamentale.

Ce n’est pas juste «Donnez-moi de l’argent». [Les scientifiques] doivent se mettre debout et dire « c’est une mauvaise décision! » Ils doivent avoir un impact sur le public.

Car nous vivons dans une société où, désormais, il est bien vu pour un politicien de ridiculiser les recherches sur les mouches à fruit. Où il est jugé normal que les politiciens traitent les données scientifiques comme de simples opinions contradictoires.

La science avide

Cet antagonisme devient encore plus déplacé quand on se rappelle que, si la science a pris l’importance qu’on lui connaît au 20e siècle, c’est grâce aux gouvernements: ce sont eux qui ont investi massivement, de la conquête de l’espace à celle des antibiotiques et à Internet. Or, pendant que nos gouvernements investissaient en notre nom, la science s’éloignait de nous.

Le scientifique, dans les mots d’Otto, «a perdu de vue la valeur d’une relation avec la société». Et ça s’est aggravé dans la deuxième moitié du siècle, alors que la science a pris pour certains une couleur sinistre: polluants chimiques, manipulations du vivant, «big business» pharmaceutique...

La science en est venue à être perçue comme la province d’une structure de pouvoir alignée à droite, pro-économie, polluante, sans empathie, avide, mécaniste... à qui on ne peut pas se fier.

Du coup, le terreau était fertile pour l’ère du «tout est relatif»: cette philosophie, née des années 1950 et des mouvements de libération, qui professe qu’il n’existe pas de vérité objective, parce que toute «vérité» serait fonction de sa culture d’origine. Plaquée sur les sciences, elle a fait la joie des antivaccinations, des créationnistes, d’une partie du New Age et plus tard des climatosceptiques: toutes les opinions se valent, n’est-ce pas, puisque la science est si dangereuse.

En l’espace de 20 ans, cette pensée en [est venue] à influencer tout le discours américain, l’éducation et la politique, et à devenir un point central de la guerre des cultures.

Et c’est ainsi qu’on se retrouve avec des politiciens qui s’affichent fièrement antiscience. Que des médias qui encouragent les débats ne songeraient jamais à en organiser un sur la science —puisque la science, c’est réservé à une élite.

Un tel divorce finit par avoir un impact sur l’économie —là où vous avez érosion intellectuelle, vous avez érosion de l’innovation— et sur la qualité d’une vie démocratique.

À moins de renverser la vapeur: en travaillant à ce que la science cesse d’être perçue comme «une autorité» (je suis le savant, je décide de ce que vous devez savoir), et davantage comme une partie de la conversation. Science Debate, Je vote pour la science et Votons pour la science (en France), s’inscrivent dans ce processus: intégrer la science à la conversation. Tout comme les scientifiques qui ajustent leur discours en fonction des valeurs morales de leur audience, de leur communauté ou même de leur église. Il y a de gros ponts à reconstruire.

1 commentaire

Portrait de ydutil

Au risque de me répéter, il y a de grosse limites à la possibilité de communiquer l'information scientifique sans passer par un argument d'autorité. Dans bien débat des outils intellectuels de base, comme l'analyse des données, font défaut aux interlocuteurs. Dans ce domaine, j'ai réalisé que la très grande majorité des scientifiques ne savent eux-même pas en quoi consiste une analyse de donnée correcte. Alors, je nous vous parle par du reste de la population. J'ai tâter la science politique à une certaines époque et il m'est alors clairement apparu que c'est un gros problème, car il y a plein de revendications politique qui sont construite autour de ces mauvaise analyses. Et, c'est un des points de litige dans le cas de changement climatique.

Je pense donc que l'on fait preuve d'une grande naïveté quand on pense qu'améliorer les techniques de communication de chercheurs va y changer quelque chose.