Peut-on prévoir un génocide? Pas encore, mais grâce aux travaux d'un chercheur de l'Université de Montréal, on en connaît au moins les signes avant-coureurs.

Criminologue de formation, Samuel Tanner s'est intéressé pendant plusieurs années aux violences de masse, notamment en ex-Yougoslavie et au Rwanda. Son champ d’expertise est à la croisée de plusieurs disciplines, entre la science politique, la sociologie et la criminologie. Il termine actuellement un postdoctorat au Massachusetts Institute of Technology, avec le réputé politologue Roger Petersen. En comparant les Balkans et le Rwanda, Samuel Tanner a créé une grille d'analyse qui explique en six étapes comment se produit un génocide.

« On ne se réveille pas un matin en se disant, “aujourd'hui, il est l'heure d'aller poignarder mon voisin”. Ce sont des choses qui se construisent », dit-il. L'intention de commettre un acte de violence n'est en effet que l'aboutissement d'un processus. Un processus qui passe par la distribution des ressources, une pression sociale et une banalisation des pratiques... avant de culminer avec des massacres de masse.

Ce modèle permet d'expliquer comment des gens ordinaires deviennent génocidaires, comme ce fût le cas au Rwanda. Et aussi de comprendre pourquoi des bourreaux nient ensuite les événements. « Les participants suivent une séquence qui transforme complètement leurs cadres représentatifs » : une façon de normaliser les événements dans lesquels ils sont impliqués.

Tout le monde peut-il devenir génocidaire? « Pour moi, l'élément crucial n'est pas tant dans les individus, mais dans une interaction dans un contexte ». Samuel Tanner rejette l'idée de profils psychologiques particuliers. « La plupart des gens, dans un contexte très particulier, auraient tendance à y participer », mais ce contexte ne se matérialisera probablement jamais.

Selon le chercheur, l'intervention de groupes de maintien de la paix vient changer l'équilibre sur le terrain. Des troupes internationales ne changent rien aux sentiments belliqueux entre différents partis, mais leur présence peut interrompre les étapes qui mènent à des violences de masse.

Ainsi, à en croire le chercheur, un génocide a été évité de justesse au Darfour. Tous les éléments étaient réunis pour mener à un nettoyage ethnique dans l'ouest du Soudan, mais l'engrenage a été désamorcé à temps. Son souhait actuel est d’ailleurs de se pencher sur une méthode pour « créer une désescalade » des génocides pendant qu'ils se construisent.