L’Année internationale polaire, un événement récurrent depuis 1882, en est à sa quatrième édition. Mais c’est la première fois, cette année, que la santé de la population de l’Arctique est abordée par la communauté scientifique. Et le portrait qu’en ont dressé les spécialistes de la santé des communautés du Nord, qui se réunissaient hier à Montréal dans le cadre d’une table ronde, n’est pas reluisant.

«On constate chez la population arctique une espérance de vie plus basse que la moyenne de la population, un taux de mortalité infantile plus élevé, une augmentation des maladies chroniques, dont le diabète et les maladies cardiaques, une forte hausse des blessures intentionnelles, dont le suicide, et des épidémies de maladies infectieuses comme la tuberculose», a énuméré Alan Parkinson, directeur des programmes d’investigations de l’Arctique du Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies.

Pour soigner ces gens, il est crucial de pouvoir compter des services de santé de qualité, estime Kue Young, professeur et titulaire de la Chaire de recherche TransCanada PipeLines sur la santé autochtone à l’Université de Toronto. «La distance et la population dispersée en petites communautés sur un grand territoire, l’environnement hostile, une population marginalisée et des défis de recrutement des professionnels de la santé jouent sur les services des soins de santé offerts.»

Selon Henning Sloth Pederson, médecin-chef de district du Centre de soins primaires à Nuuk au Groenland, la prévention est la clé du système de santé et doit être une responsabilité de toute la communauté. «Les médecins sont formés pour traiter des maladies, pas pour faire la promotion et la prévention de la santé. Or, les maladies rencontrées dans le Nord ont des causes multifactorielles qui ont besoin de solutions multifactorielles venant d’une collaboration multisectorielle incluant l’école, la police, le système de santé et le système social.»

Pour Suzanne Stewart, professeure en psychologie et guérison autochtone de l’Université de Toronto, il est difficile de parler de la santé des communautés de l’Arctique sans parler de santé mentale. «Pour eux, la santé mentale est un équilibre entre les sphères intellectuelles, physiques, spirituelles et émotionnelles d’un individu. Il faut prendre cet aspect en considération lorsqu’on souhaite apporter un soutien en santé mentale à ces populations.» Elle a aussi dénoncé l’absence de formation sur les valeurs de la santé, de la culture et de l’histoire autochtones des professionnels de la santé.

De son côté, Lars Anders Baer, éleveur de rennes et ancien président du parlement Saami en Suède, a fait un plaidoyer sur les droits des autochtones, citant des passages de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée en 2007, avec une opposition des États-Unis, du Canada, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. En 2010, le Canada a finalement décidé d’appuyer cette Déclaration, mais le document officiel n’est nullement contraignant sur le plan juridique.

Cette Déclaration met de l’avant l’autodétermination des peuples. Une clause qu’endossent les spécialistes en concluant que les initiatives locales sont le meilleur moyen d’assurer la santé des membres des communautés du Nord.