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Peut-on tomber enceinte d'un viol?

Bouchra Ouatik, le 23 août 2012, 14h35

(Agence Science-Presse) Le représentant républicain du Missouri et candidat au Sénat Todd Akin, opposé à l’avortement, a suscité l’indignation lorsqu’il a déclaré dimanche qu’une femme victime d’un « viol véritable » avait peu de chances de tomber enceinte. Selon lui, le corps féminin aurait des moyens de bloquer la conception en cas de viol. Une affirmation qui n’a aucun fondement scientifique.

Todd Akin, lors de l'entrevue qui a déclenché ce tollé, le 19 août.
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Todd Akin, lors de l'entrevue qui a déclenché ce tollé, le 19 août.

Ce n’est pas la première fois que le discours des militants pro-vie, d’ordinaire accompagné d’arguments religieux, tente d’y greffer des arguments médicaux.

C’est le cas du médecin anti-avortement John C. Willke. Selon lui, le traumatisme vécu lors d’un viol bloquerait la production d’hormones et perturberait le cycle reproducteur de la femme. C’est ce qu’il écrit sur le site de l’organisation conservatrice Christian Life Resources. Ses propos ont été repris par l’organisation Physicians for Life, qui regroupe des médecins opposés à l’avortement, au clonage et à la recherche sur les cellules-souches. Cependant, les arguments que cite le Dr. Willke contredisent son hypothèse de « traumatisme hormonal », puisqu’il explique qu’une proportion importante des victimes sont soit trop jeunes ou trop âgées pour être fertiles, ou bien qu’elles ont recours à la contraception.

Le directeur de l’organisation Christian Life Resources, Robert Fleischmann, s’est porté à la défense du représentant Todd Akin, en citant notamment une étude publiée en 1996 dans l’American Journal of Obstetrics and Gynecology, menée sur 4008 femmes. Les auteurs y estimaient que 5% des femmes tombent enceintes à la suite d’un viol. M. Fleischmann omet toutefois de mentionner que les auteurs de l’étude jugent cette proportion « significative». En outre, les statistiques du genre ne recensent que les cas où les victimes ont rapporté l’événement aux autorités, ce qui sous-estime le nombre réel de cas.

Pour la vice-présidente aux politiques de santé du Congrès américain des obstétriciens et gynécologues, la Dre Barbara Levy, la situation est claire : la probabilité de tomber enceinte en cas de viol est la même que lors d’une relation consentante, et l’hypothèse de M. Akin ne repose sur aucune donnée scientifique. Il a été démontré que le stress chronique – soit sur une longue période – peut réduire la fertilité, mais ce n’est pas le cas pour un stress aigu, éprouvé lors d’une agression.

La croyance voulant que la grossesse soit improbable en cas de relation sexuelle forcée existe au moins depuis le 13e siècle. Les médecins de l’époque soutenaient que l’orgasme était indispensable pour concevoir un enfant, une croyance qui a perduré jusqu’au 19e siècle.

L’élu républicain Todd Akin est de surcroît membre de... la commission des sciences et technologies de la Chambre des représentants. Des démocrates ont lancé une pétition cette semaine pour réclamer son retrait. Devant le tollé, M. Akin a finalement présenté ses excuses et a admis que « le viol peut mener à une grossesse. »