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Enseignement des sciences: refaire ses devoirs

Isabelle Burgun, le 4 octobre 2012, 9h50

(Agence Science-Presse) À l’heure des réseaux sociaux et autres nouvelles technologies, l’enseignement des sciences parviendra-t-il à former des citoyens éclairés en science et technologie?

© Ozmosis | Dreamstime.com
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«La science, ce n’est pas juste un livre de faits et de concepts que l’on doit apprendre au collège et à l’université. Les enseignants doivent s’interroger sur quoi et comment enseigner les sciences aux étudiants d’aujourd’hui», relève, avec justesse, Gale Seiler, chercheuse au département d’études d’éducation intégré de l’Université McGill.

La 3e rencontre Dialogue sciences et politique réunissait le14 septembre dernier –et sans faire grand bruit— divers experts québécois des sciences, de l’éducation et de la politique pour échanger autour des réformes des soins de santé, de l’élaboration des politiques durables et surtout de l’efficacité de l’éducation scientifique au Québec.

Le constat serait passablement positif. Le Québec, s’il possède un passé législatif plutôt compliqué (décentralisation des commissions scolaires, volets francophone et anglophone, etc.) s’engagerait sur la bonne voie avec la dernière réforme. «Nous misons sur les compétences. Nous voulons que les étudiants apprennent à se servir des concepts et des connaissances scientifiques, même s’ils ne deviennent pas les futurs scientifiques de demain», convient de son côté Tino Bordonaro, consultant en sciences sociales pour la Commission scolaire anglophone de Montréal.

Ce «Grand Dessein» du livre populaire de Stephen Hawking serait pourtant freiné par divers obstacles, d’après l’experte en éducation et en approches pédagogiques en sciences, Johanne Patry. « Du côté de l’éducation formelle, nous réussissons plutôt bien, mais du côté de l’éducation informelle des sciences, il n’y a ni réelle politique, ni grande participation des experts pour relever le niveau de “littéracie scientifique” général». Loin d’être secondaire, cette alphabétisation des sciences de la population serait une nécessité dans le monde du savoir que nous voulons bâtir où les citoyens doivent pouvoir se poser des questions éclairées.

La faute à l’enseignant?

Selon les experts réunis autour de la table, les enseignants devraient également retourner faire leurs devoirs afin de rendre les sciences plus attrayantes pour les élèves. «Pour qu’elle soit engageante, il lui faut être inspirée par le quotidien. Il y a différentes façons d’enseigner la science et de l’apprendre, certaines fonctionnent mieux», soutient Johanne Patry.

La chercheuse pense qu’il faut s’assurer d’un service «avant cours» pour les enseignants où ils pourraient trouver des ressources, des réseaux, mais aussi adapter leur enseignement à la réalité d’aujourd’hui «au risque sinon d’être des dinosaures».

Gale Seiler abonde dans le même sens: «Les étudiants veulent aller de l’avant avec leurs connaissances et leurs intérêts –ils évoluent dans un monde où la technologie prend une grande plac – et il faut préparer l’enseignant à le faire». Une image de «science connectée sur le monde» et de «science utile» permettrait peut-être de hausser les inscriptions en science à l’université.

L’une des pistes intéressantes vient du côté anglophone, celle du Quebec Education Mathematics and Science Alignment Project. Destiné à structurer le bon arrimage des cours de science entre le secondaire, le collège et l’université, ce projet a réuni le milieu de l’enseignement —commission scolaire, enseignants, direction d’école– et le milieu scientifique et de la recherche, de 2006 à 2009. Préparation de matériel conjoint, structures des enseignements et même évaluation standardisée, cette collaboration a donné fruit à différents outils facilitant le passage entre les niveaux académiques.

Mais les étudiants doivent aussi adopter une attitude plus adéquate avec leur choix ou vocation scientifique. «Ils doivent apprendre à être plus persévérants, changer leurs habitudes de travail et comprendre qu’en science, c’est avant tout “hard work and low salary”», tranche Sylvia d’Apollonia, professeure et chercheuse au Collège Dawson de Montréal. Cela ne risque pas, par contre, d’interpeler beaucoup de jeunes!