Les climatologues sont biaisés: leurs prévisions sont souvent trop prudentes, trop conservatrices, bref, ils sous-estiment la gravité du réchauffement.

Un nouvel article emploie à leur sujet l’expression «errer du côté moins dramatique». C’est-à-dire que les climatologues auraient tendance, entre plus d’un scénario, à choisir «le moins alarmant». Les quatre auteurs de cette étude, qui est une analyse d’études parues sur différents sujets ces dernières années, y voient le résultat des pressions sociales et politiques dont sont l’objet les climatologues.

Par exemple, le déclin des glaces de l’Arctique (illustration ci-contre). Dès 2009, un rapport appelé le Diagnostic de Copenhague avait révélé combien les prévisions du rapport du GIEC de 2007 avaient grandement sous-estimé la vitesse à laquelle la banquise allait fondre: le GIEC incluait pourtant une fourchette de scénarios, allant du plus optimiste au plus pessimiste. Or, la réalité se révèle aujourd’hui pire que le plus pessimiste des scénarios.

La hausse du niveau des mers pour la période 1993-2011 se révèle aussi 60% plus rapide que l’estimation mitoyenne du GIEC. La hausse du CO2 colle quant à elle au scénario le plus pessimiste du GIEC, avait déjà estimé un rapport du National Research Council de 2009.

Les quatre auteurs —un géophysicien, une sociologue et deux historiennes des sciences, dont la Californienne Naomi Oreskes— qui ont passé en revue ce «biais» suggèrent qu’il pourrait s’agir d’une réaction des climatologues aux accusations dont ils sont l’objet, de la part des climatosceptiques mais aussi de politiciens.

Une raison possible pour laquelle les scientifiques peuvent avoir sous-estimé la menace du réchauffement anthropique est la crainte que s’ils ne le font pas, ils soient accusés par des climatosceptiques d’être des alarmistes et des semeurs de peurs.

D’un autre côté, poursuivent-ils, ce biais découle aussi d’une démarche scientifique : les scientifiques sont par nature sceptiques, et plus une nouvelle information est dramatique, «plus ils risquent d’être sceptiques». Le fait «d’errer du côté le moins dramatique» pourrait donc être, ultimement, un biais inévitable. Mais ce biais, dans le contexte où le réchauffement climatique finit par avoir des impacts plus rapides que prévu, n’en a pas moins des conséquences politiques.