Publicité
lesdebrouillards_1.jpg

Les débrouillards

Autre action

Actualité

Science: s'insérer dans la conversation

Pascal Lapointe, le 14 février 2013, 22h35

(Agence Science-Presse) BOSTON - Pourquoi les scientifiques devraient-ils s’investir davantage dans les blogues et les médias sociaux? Parce que ces derniers occupent désormais une place énorme dans la vie quotidienne: au point où, en 2011, les médias sociaux auraient même détrôné la première activité en importance d’Internet... la pornographie!

Science: s'insérer dans la conversation
Cliquer sur la photo pour agrandir
Science: s'insérer dans la conversation

- Ressources pour scientifiques sur les réseaux sociaux, par Christie Wilcox.

- La page de Dominique Brossard, à l’Université du Wisconsin à Madison.

- [Ajout] Une entrevue avec Dominique Brossard diffusée le 19 février, dans le cadre de l'émission Je vote pour la science consacrée au congrès de l'AAAS.

- Modérer les commentaires ou non? Par Bora Zivkocic, 28 janvier 2013.

C’est sans doute l’argument-massue qui aura été le plus re-twitté jeudi après-midi, au milieu des nombreux autres chiffres lancés à la volée par deux jeunes chercheures américaines et blogueuses de leur état, bien décidées à convaincre leurs pairs que quiconque lève encore le nez sur les médias sociaux s’est trompé de siècle.

Comme chaque médaille a toutefois son revers, le panel «Engaging with social media», dans le cadre du congrès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS), était complété par Dominique Brossard, professeure à l’Université du Wisconsin, dont les travaux jettent une ombre sur l’enthousiasme 2.0: selon ses chiffres, plus les commentaires des internautes qui accompagnent une nouvelle scientifique sont négatifs, et plus le lecteur en ressort avec une opinion négative de l’article. Autrement dit, un risque de polarisation encore plus grand, au détriment d’une discussion rationnelle.

Brossard n’était pas sur ce panel pour remettre en question l’utilité des blogues. Elle ne recommande même pas de bloquer les commentaires, considérant plutôt que c’est aux scientifiques de s’ajuster, de se joindre à la conversation, afin d’atténuer cette polarisation ou de favoriser l’expression d’opinions différentes.

Mais son intervention rappelait qu’après le grand élan d’enthousiasme de la dernière décennie, que symbolisaient les deux blogueuses de ce jeudi après-midi, Christie Wilcox et SciCurious, il serait temps d’examiner aussi les bémols.

Cet avertissement s’inscrit dans un autre problème: qui est le public? À SciCurious —dont seul le pseudo apparaissait dans le programme du congrès, ce qui ne l’empêchait étrangement pas d’être là à visage découvert— qui soulignait que les livres et magazines de science ont pour désavantage de ne «s’adresser qu’aux convertis», la réplique n’a pas tardé: les blogues de science ne s’adresseraient-ils pas, eux aussi, aux convertis? Dominique Brossard a notamment répliqué par une analyse plus fine des données sur la place croissante d'Internet comme source d’information —une analyse plus fine qui tend à démontrer que le consommateur le plus actif des médias sociaux est encore largement dans la vingtaine, scolarisé, et masculin.

Par contre, il est arrivé que même des nouvelles scientifiques deviennent virales —et du coup, elles rejoignent un public qui ne leur était pas acquis d’avance. Quant à Google, il a été démontré qu’il amenait sur un blogue des visiteurs qui cherchaient une information sans se douter où ils aboutiraient —soit là aussi, en théorie, des lecteurs qui n’étaient pas gagnés d’avance.

«Tous les étudiants en science devraient obtenir de la communication des sciences dans leur formation», selon Christie Wilcox —une opinion partagée par SciCurious, bien que toutes les deux aient appris à bloguer «sur le tas». Mais dans le contexte, leur recommandation voulait dire davantage que «comment vulgariser»: si la tendance se maintient, il faudra aussi que le scientifique apprenne à s’insérer dans une conversation, donc à s’investir davantage dans les blogues et les médias sociaux. Pour le journaliste scientifique Carl Zimmer, modérateur du panel, il est révolu, le temps où qui que ce soit pouvait publier un document et ne plus se soucier de son impact.