Avec deux méga-projets se calculant en milliards en moins d’un mois, le cerveau a la cote.

Côté cour, la Commission européenne a alloué le 23 janvier un demi-milliard d’euros (650 millions$) au Human Brain Project —un projet qui prétend «simuler un cerveau humain complet dans un super-ordinateur». Côté jardin, le New York Times a annoncé le 18 février que le président Obama se préparait à annoncer 3 milliards pour un obscur Brain Activity Map. Des deux côtés, les experts se réjouissent tout en se demandant: pourquoi ces projets, et pourquoi maintenant?

L’européen est le résultat d’un concours de deux ans, au terme duquel le projet du neurologue suisse Henry Markram a atteint la ligne d’arrivée —au grand dam de ceux qui avaient fait état, ces deux dernières années, de leur plus grand scepticisme, jugeant l’idée incomplète et irréaliste.

Le projet américain, lui aussi une «reconstruction» de l’activité du cerveau, semble avoir son origine dans un article paru en juin 2012 dans la revue scientifique Neuron et est lui aussi très vague quant à la façon par laquelle l’objectif pourrait être atteint. L'annonce officielle est attendue en mars.

Mais peut-être le problème n’est-il pas là, résume le psychiatre Vaughan Bell sur son blogue:

Bien que leur argument de vente soit du n’importe quoi, le projet est susceptible de révolutionner les neurosciences au point de leur faire faire un bond de plusieurs années-lumière.

Une métaphore plus ambitieuse est venue du journaliste John Markoff dans le New York Times:

En mettant la nation sur la route d’une carte de l’activité du cerveau humain, le Président Obama pourrait avoir choisi un défi encore plus intimidant que de mettre fin à la guerre en Afghanistan ou de trouver un terrain d’entente avec ses adversaires républicains.

C’est que l’idée de «cartographier» toutes nos connexions cérébrales n’est pas seulement intimidante: quoi qu’en dise Markram en évoquant un «super-ordinateur», la technologie n’existe même pas pour accomplir une telle tâche chez une souris —encore moins pour un humain, même sur un horizon de 10 ans.

Mais c’est justement là qu’est le défi stimulant, poursuit Bell, qui distingue les phrases spectaculaires destinées aux journalistes et aux politiciens —«simuler un cerveau humain»— des objectifs plus pragmatiques: «créer des outils communs à la neurobiologie, aux neurosciences cognitives et à la modélisation informatique» pour que toutes ces disciplines puissent parler le même langage, après 20 ans de progrès frénétiques chacun de son bord.

Même si l’afflux de dollars américains devait s’avérer être une réaction à l’afflux d’euros, ça n’en serait pas moins une percée: après des décennies passées à gratter la surface de notre matière grise, les neurosciences pourraient être en train de prendre l’importance qu’a eu le génome dans les années 1990.