Votre mission, si vous l’acceptez sera de concevoir un robot capable de collaborer, de marquer le plus de points possible à l’aide de frisbees et de grimper sur une pyramide métallique. L’«ultime ascension» du Festival québécois de robotique 2013, considéré comme «la Coupe Stanley des robots», s’est tenue récemment au stade Uniprix de Montréal. Près de 2000 jeunes élèves, âgés de 14-18 ans, ont relevé avec brio ce défi qui semblait de prime abord impossible.

Rencontré sur les lieux de la compétition, Anand Prasad, 15 ans, de l’École secondaire Louis-Joseph Papineau, à Montréal, raconte: «C’est ma 2e participation et j’ai autant de plaisir que l’an dernier à concevoir un vrai robot, avec l’aide de nos mentors, et presque avec autant de stress!». Patriotix, son robot fabriqué avec les membres de l’équipe 3530, composée de 16 élèves et 4 mentors, a déjà décroché, à la récente compétition d’Oshawa, un prix pour l’originalité des matériaux utilisés —un composite nid d’abeille emprunté au caisson des avions procurant solidité et légèreté.

«Gagner, c’est secondaire. Ce qui est important, c’est que les jeunes ne décrochent pas de l’école. Et notre principal défi, c’est de maintenir un peu de discipline dans le groupe et conserver l’attention des jeunes durant toute l’année. Ils sont très respectueux et forment une belle équipe», explique de son côté un des mentors de l’équipe d’Anand, Martin Poulin, ingénieur chez Pratt & Whitney. De nombreuses autres compagnies privées et partenaires universitaires ont aussi donné un coup de pouce pour la tenue de cet évènement, en fournissant commandites, expertise ou temps de «machinage».

Pour qu’un robot réussisse à jouer au frisbee, des centaines d’heures de travail et une bonne dose de créativité sont nécessaires. À la veille des compétitions, les derniers ajustements, les encouragements et les tapes dans le dos fusent de toutes parts. La fébrilité des participants, venant de 76 écoles primaires et secondaires canadiennes dont 32 du Québec, est palpable et l’atmosphère, électrique.

Au puits de l’équipe 3530, tous se préparent à tester le robot au terrain de pratique. Car ce robot de 120 livres, qui doit se hisser à l’aide de crochets sur une structure de métal, doit d’abord lancer le plus de frisbees dans les zones les plus payantes en points. «Nous avons d’abord vu la mécanique du vol du disque avec les jeunes. Un disque, ça tourne sur lui-même en flottant, mais ce n’est pas une aile d’avion. Nous avons construit deux prototypes avec un mécanisme de lancer différent pour choisir celui qui nous donnait le meilleur résultat», résume le mentor.

En chemin, les jeunes apprennent de nombreux principes: esprit d’équipe, excellence en génie, créativité, tous sanctionnés par des prix. Sans compter que les trois meilleures équipes ont la chance de se rendre à Saint-Louis, aux États-Unis, pour la grande finale de la Compétition de robotique FIRST, qui se déroulera en avril prochain.

Des LEGOS pour aider les ainés

Jeudi après-midi, jour de compétition, l’excitation est aussi à son comble chez les 9-14 ans. En tout, 14 missions doivent être réalisées en 2 min 30 par le robot: faire tomber des quilles, promener un chien, se mettre en équilibre sur un pont, etc. Dans un joyeux tintamarre alors que les équipes, les arbitres, les partisans et les présentateurs crient lorsque le classement s’affiche au tableau.

«Moteurs, kit-Lego, outils, piles, programmation. Fabriquer un robot, c’est plus difficile que je le pensais», raconte Samuel, 10 ans de la classe de 5e année de l’École primaire Montmartre de la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île. Le garçon en est à sa première participation, mais trouve déjà son travail bien utile: «Ça permet d’inventer et de tester de nouvelles technologies qui serviront un jour», explique-t-il, les yeux brillants.

Dans ces projets, on y trouve aussi bien plus que du robot. Chaque équipe doit travailler avec un ainé de sa communauté autour d’une problématique particulière. La classe de Samuel s’est penchée sur le thème du transport adapté. «Les élèves ont découvert une réalité qu’ils ne connaissaient pas, par exemple, le fait que de nombreuses veuves ne conduisent pas et restent souvent isolées chez elles», note l’enseignante de Samuel, Marie Veronneau. La solution mise en avant par les élèves: développer plus d’accès adaptés dans les transports publics québécois, mais aussi augmenter le nombre de bénévoles pour les aider à sortir de la maison.

Si l’enseignante déplore un peu le survol des sciences au cours de l’année scolaire, elle se trouve très chanceuse d’être l’une des trois classes participantes de l’école de Pointe-aux-Trembles. Participer à cette compétition de robotique permet d’approfondir un sujet et de s’initier à la programmation informatique, tout en développant l’intérêt pour les sciences et technologies. «Cela donne aussi un petit stress nécessaire à apprivoiser», soutient l’enseignante. Un stress partagé par la copine de Samuel, Roxane de la classe de 6e année de l’École Montmartre: «Je préfère les encourager d’ici, car je suis trop nerveuse» alors que son robot grimpe le classement avec 285 points. Pas mal pour une première participation!