Ils comparent le nombre de microbes présents dans la bouche humaine et la gueule de chien. Ils s’interrogent aussi sur la fabrication du savon à partir de gras de phoque, scrutent le taux de mercure contenu dans la truite et le béluga, démontrent les vertus du thé du Labrador.

 

Ils viennent de Chisasibi, Salluit, Mashteuiatsh, Wendake, Kitigan Zibi, Kahnawake. Ils sont une centaine de jeunes, âgés de 10 à 16 ans, venant en tout de 30 communautés. Ce sont les participants de l’exposcience autochtone, dont la finale provinciale a récemment eu lieu à Kuujjuaq. Une première pour le Nunavik. Mais pas pour le Québec autochtone, puisque cet événement, imaginé par Gilbert Whiteduck, chef algonquin de Kitigan Zibi (près de Maniwaki), existe depuis 2000.

Distinct de l'exposcience provinciale organisée par le Conseil de développement du loisir scientifique, cet événement est organisé par l’Association québécoise autochtone en science et en ingénierie en collaboration cette année avec la Commission scolaire Kativik. Stanley Vollant, premier chirurgien autochtone du Québec, a tenu à y prendre part. «C’est une belle initiative pour encourager les jeunes autochtones à aller plus loin dans leurs études et de voir qu’il est possible pour eux de poursuivre une carrière en sciences».

Le médecin innu a constaté avec plaisir que les exposants faisaient la part belle à l’environnement et aux sciences traditionnelles. Un mélange de curiosité pour la technique et la tradition a justement amené Johnny Yuliusie (13 ans) de Salluit et sa partenaire Judith Naluiyuk (13 ans) à monter un kiosque sur la fabrication de savon artisanal à partir de misiraq (gras de phoque ou huile de baleine).

Préoccupé par les contaminants, Lukasi Tukkiapik (16 ans), de Kuujjuaq, a présenté –dans trois langues!— un projet sur le taux de mercure dans l'omble de fontaine. Lukasi et son collègue Jeremy Davies (16 ans) ont entre autres comparé le taux de mercure contenu dans la truite mouchetée à celui du phoque et du béluga. Résultat: «Je vais arrêter de manger le foie du phoque. C’est le plus contaminé».

Fait assez rare, Summer-Harmony Twenish, de Chisasibi, est végétarienne. Pas étonnant qu’elle présente un projet sur la culture des tomates à l'intérieur! «Ici, dans ma communauté, les bons légumes sont difficiles à trouver et ils ne se conservent pas longtemps. Faire pousser des légumes est ardu à cause de la courte période de végétation. Nous cherchons donc une façon de contourner le problème.» Âgée de 16 ans, elle participe à des exposciences depuis sa 5e année. Elle apprécie les échanges d’idées qu’elles favorisent. «On s’instruit en voyant les projets des autres et en rencontrant des gens.»

Pat Ekomiak, qui a remporté un premier prix à la première exposcience autochtone en 2000, affirme que l’expérience lui a ouvert des portes. «J'ai pu voyager et rencontrer des gens. Je suis allé à la terre de Baffin, à Great Whale, à George Harbour. En côtoyant les autres cultures. J'apprécie davantage ce que je suis, de même que ma propre culture.»

Anne Sequaluk (15 ans), de Kuujjuaq n’aime pas parler en public, mais avoue que l’exposcience l’a aidée à être moins gênée. Elle a pu ainsi exposer les résultats de sa recherche qui visait à répondre à la question suivante: est-ce que la bouche humaine est plus propre que la gueule d’un chien? Réponse: le chien a beaucoup moins de bactéries que les humains!

Avec son étude sur la truite, Lukasi et son collègue ont remporté le premier prix de leur catégorie (secondaires 4 et 5) en plus d’un des quatre Grands Prix qui leur vaut un billet pour l’Alberta où se déroulera la finale canadienne à la mi-mai. Lukasi est très fier de représenter sa communauté à cette compétition scientifique qui regroupe les 500 meilleurs étudiants au pays (toutes origines confondues). Et Anne sera à ses côtés.

— Avec la collaboration d’Isabelle Dubois — Crédits photo: Isabelle Dubois