Comment transformer une manifestation sportive souvent considérée comme polluante, bruyante et élitiste en un événement démocratique et éducatif? Cette question turlupine Michel Van Cromphaut.

Attaché au département du développement technologique du Service public de la Wallonie –le ministère qui finance des projets de promotion et de sensibilisation aux sciences—, il rêve de faire du Grand Prix de Formule 1 de Belgique un pivot pour la transmission des savoirs technoscientifiques auprès des jeunes.

Michel Van Cromphaut est un habitué des actions de sensibilisation pour le grand public. Le ministère pour lequel il travaille depuis une vingtaine d’années est d’ailleurs à l’initiative de quantité d’événements à caractère scientifique, de concours pour les écoles aux journées thématiques. Par exemple, son équipe a mis sur pied des projets de grande envergure sur les technologies de l’aviation et sur la sécurité d’un aéroport, les technologies du spatial ou encore les carburants et les véhicules du futur.

«La dimension scientifique et technologique d’un événement comme le Grand Prix est frappante, dit-il. Je trouve dommage de ne pas en profiter…»

Truffées de technologie

L’industrie déploie en effet l’artillerie lourde quand il s’agit de gagner des secondes sur la piste. «J’ai eu en 2005 la chance de visiter le centre de la genèse d’une Formule 1 Toyota. L’ambiance était clinique. À l’époque, il y avait près de 800 personnes pour l’étude et la conception, la réalisation et la mise au point de seulement deux véhicules!»

Du bloc-moteur à la coque, en passant par les freins et le pot d’échappement, les matériaux en jeu dans la construction des voitures de course sont les mêmes que ceux qu’on retrouve dans l’industrie aéronautique.

«La mise au point d’une F1 exige des ingénieurs, des techniciens et des designers pour des installations high-tech et pour les bureaux d’études, mais aussi des logiciels et des ordinateurs dernier cri, des machines-outils numériques d’avant-garde pour la fabrication de prototypes et la production de pièces, le contrôle de qualité.»

Bref, les sujets des professeurs de sciences ne manquent pas. «Le problème est que seulement quelques personnes extrêmement privilégiées peuvent se promener autour des stands pour voir toute cette science en action.»

La solution? Acheter en gros des milliers de billets et les rendre accessibles aux jeunes ou aux écoles à des prix concurrentiels. En complément, leur permettre d’accéder au «Saint des Saints» pour qu’ils goûtent, eux aussi, au grand frisson technologique.

«Cette idée a un double avantage: familiariser les jeunes avec des métiers technos en utilisant une véritable approche de terrain, mais aussi faire vendre davantage de billets, ce qui aurait une retombée directe sur l’organisation des Grands Prix.»

Une question d’image

Comme il l‘explique, «beaucoup de Grands Prix européens sont en déficit, notamment celui de Belgique, qui a lieu chaque année sur le circuit de Spa-Francorchamps. Les organisateurs n’ont que la billetterie pour établir leur compte. Les droits commerciaux de la F1, comme les retransmissions TV, les publicités et bon nombre d’activités connexes sont directement gérées par le grand argentier de la F1, c’est-à-dire Bernie Ecclestone.»

Utiliser le Grand Prix comme levier pour des actions de promotion des carrières scientifiques n’a donc, selon l’enthousiaste fonctionnaire belge, que des avantages. «En termes d’image, cela fait passer la pilule aux yeux du grand public en cas de déficit à éponger par les pouvoirs publics.

Le seul pépin? Vendre cette idée à l’échelle politique. «Le Grand Prix suscite d’énormes convoitises, notamment avec les politiques de la région concernée, déplore-t-il. Pour faire aboutir un tel projet, il faut de solides appuis…»

Des appuis que Michel Van Cromphaut tente de cultiver pour faire germer une idée qui, sait-on jamais, pourrait aussi faire des adeptes de ce côté-ci de l’Atlantique –pour peu que le Grand Prix de Montréal ait encore lieu dans les prochaines années. Mais ça, c’est une autre histoire…

La physique du Nascar

Diandra Leslie-Pelecky, professeure de physique à l’Université West Virginia s’est elle aussi sérieusement penchée sur la question. Amoureuse des voitures de course –catégorie Nascar, elle a publié en 2008 The Physics of Nascar: How to make Steel + Gaz + Rubber = Speed (Comment résoudre l’équation acier + essence + caoutchouc = vitesse). Vulgarisatrice scientifique chevronnée, elle fait régulièrement des conférences auprès des enseignants pour les aider à utiliser la course automobile comme déclencheur de passion scientifique.

Les projets pédagogiques impliquant la construction d’une voiture de course sont également populaires. Celui-ci, en anglais, reprend une grande partie des éléments du programme de physique de secondaire 4.

Sport en science

Utiliser les grandes manifestations sportives comme prétexte pour ancrer les notions scientifiques dans le quotidien est une formule gagnante et éprouvée. Dans la foulée des Jeux olympiques de Londres, l’entreprise CISCO a par exemple lancé un défi aux élèves britanniques de 11 à 16 ans (The Cisco Math ans Science challenge): planifier l’installation et l’organisation d’un événement sportif en faisant la démonstration de leurs talents scientifiques et mathématiques. L’équipe gagnante de l’édition 2012 a dessiné une piscine olympique en ne laissant aucun paramètre au hasard, de la forme du bassin au système de billetterie électronique.