À l’approche de la vieillesse, et après avoir parfois pris soin d’un parent proche, plusieurs hommes et femmes se demandent s’ils sont eux-mêmes à risque de développer un trouble de santé mentale.

« Les grandes enquêtes montrent le contraire. La prévalence des troubles dépressifs et de l’anxiété est plus faible chez les personnes âgées que chez les plus jeunes », révèle Philippe Landreville, psychologue clinique auprès des personnes âgées et co-organisateur du colloque sur la santé mentale et le vieillissement, présenté au dernier congrès de l’Association francophone pour le savoir.

Toutefois, les personnes les plus à risque (celles souffrant de maladies graves, de troubles cognitifs importants ou étant hospitalisées) sont généralement écartées de ces études. Les troubles de santé mentale existent donc chez les plus vieux, confirme le chercheur de l’Université Laval, et ils sont de tous ordres : troubles anxieux, dépression, démence, etc.

Un dépistage difficile

L’absence de consultation est l’un des principaux défis rencontrés par le chercheur dans sa pratique quotidienne. « C’est un obstacle important. Les gens hésitent à consulter pour un problème de santé mentale alors qu’ils pourraient bénéficier d’un dépistage. Ils associent plutôt leur trouble à un trait de personnalité – “j’ai toujours été nerveux ” – et ils le voient comme normal », soutient le psychologue.

Pourtant, les outils de dépistages existent. Mais trop souvent les ressources financières et humaines pour parvenir à identifier et à évaluer tous ceux qui en auraient besoin sont déficientes, particulièrement en région. C’est pourquoi Marie-André Bruneau, gérontopsychiatre de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal tente de développer, avec sa collègue Caroline Ménard, un système de téléconsultation et téléformation pour les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence.

« À ma grande surprise, calmer quelqu’un à travers un écran, c’est possible », relève la chercheuse. Avant de faire des téléconsultations, il importe cependant de former l’équipe de 2e ligne – le médecin et l’infirmière de référence – et de visiter l’établissement pour évaluer les ressources et les besoins an aval de l’implantation de cette consultation à distance. Le patient sera également accompagné – en plus de l’équipe soignante – du personnel du centre de résidence et d’un membre de la famille capable de donner son histoire de vie.

Au-delà des médicaments

Le manque d’information des ainés sur les traitements des troubles de santé mentale est aussi un problème, constate Philippe Landreville. « De nombreuses personnes redoutent de se faire prescrire des médicaments et ont peur de leurs effets secondaires. Elles préfèrent ne pas demander d’aide. »

Dans une seconde étude, Marie-André Bruneau s’est intéressée à la prescription d’antipsychotiques en longue durée pour les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence. Malgré leur efficacité limitée et leurs nombreux effets secondaires possibles (gain de poids, constipation, somnolence, cholestérol, diabète, etc.), de nombreux médecins en prescrivent sans les remettre en question. Pourtant, relève la chercheuse, plusieurs interventions peuvent être faites avec du non pharmacologique.

Elle souligne, par exemple, que la projection d’une vidéo de vieilles photos de famille (souvenirs) avec des commentaires lus par un proche (présence simulée) calmera un patient qui crie à répétition. Occuper les mains de celui qui frappe fait partie de la même approche. Les gestes liés à l’hygiène des patients augmentent généralement l’anxiété des patients. Mettre de la musique ou initier une conversation centrée sur les intérêts de la personne fait généralement diversion. « Il faut utiliser le gros bon sens et être créatif. Les gens nécessitent des activités sociales et des activités physiques et souvent cela règle le problème », insiste la chercheuse.

Un environnement plus adapté aux malades contribuera aussi à plus de bien-être : de petites chambres individuelles personnalisées, des pictogrammes explicatifs, un circuit de marche, un milieu sécurisé et un accès à un jardin. La bonne nouvelle : ce type de petites maisons de vie existe déjà au Québec, par exemple, le Pavillon des Bâtisseurs et la Maison Carpe Diem.

Dépister les troubles anxieux

Pour les aider à dépister l’anxiété anormale chez les personnes âgées, les professionnels de la santé peuvent dorénavant avoir recours à un outil prometteur, le GAI (pour Geriatric Anxiety Inventory). Construit autour d’énoncés simples, comme Il m’est difficile de me détendre ou J’anticipe toujours le pire, le GAI est aussi aujourd’hui disponible en français.

« L’anxiété chez les personnes âgées s’avère peu reconnue et il y a beaucoup de normalisation. Souvent, elles n’en parleront pas et n’iront pas chercher d’aide », relève Alexandra Champagne, doctorante en psychologie de l’Université Laval.

Selon l’étude préliminaire qu’a entreprise la jeune étudiante auprès de 100 aînés de 65 ans et plus, cet outil offre une bonne validité.

La prévalence des troubles anxieux touche près de 15 % des personnes âgées, et jusqu’à 50 % lorsque les symptômes – et non seulement le diagnostic – sont considérés.