Stimuler la fibre entrepreneuriale des scientifiques... en améliorant leurs talents de vulgarisateurs. La combinaison gagnante pour répondre aux attentes d’une société «de l'innovation»?

Ce n’est plus un secret pour personne —sauf, peut-être, chez ceux qui n’ont pas mis les pieds à l’université depuis longtemps— mais désormais, un scientifique qui veut recevoir des sous pour ses recherches a beaucoup plus de chances s’il choisit des sujets qui peuvent être commercialisables. Dernier exemple en date, la semaine dernière, le Conseil national de recherche du Canada, un organisme subventionnaire du gouvernement canadien, dévoilait ses nouvelles politiques, orientées en priorité vers l’industrie; autrement dit, le Conseil va désormais privilégier les recherches dont les retombées commerciales sont immédiates.

Or, au moment même où cette annonce était faite, avait lieu au congrès de l’Acfas, à Québec, un colloque d’une journée intitulé Stimuler l’entrepreneuriat et l’innovation .

Les organisateurs avaient commencé la journée par le vulgarisateur Joël Leblanc, venu expliquer aux universitaires à quel point ils vulgarisent mal, et comment ils pourraient mieux communiquer leur science à des gens qui n’en connaissent rien —sous-entendu, les gens d’affaires.

Pascal Lapointe a assisté à cette journée et nous revient avec quelques extraits: une entrevue avec le PDG du Centre de valorisation des biotechnologies, qui était là-bas à titre d'observateur des mauvaises stratégies de communication qu’emploient les scientifiques; Denis Garand, organisateur de la journée et professeur au département de management de l’Université Laval. En soirée, le Bar des sciences, intitulé La science doit-elle rapporter a permis notamment d’entendre Johane Guay, PDG de la compagnie Biopharmacopae, pour qui «le Québec manque de fibre entrepreneuriale»; et une voix critique, celle de Normand Voyer, du département de chimie de l’Université Laval, qui rejette l’idée de prendre pour acquis que la science doive «rapporter financièrement».

Invités et extraits :

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Je vote pour la science est diffusée le mardi à 11h à Radio Centre-Ville (102,3 FM Montréal) et disponible sur iTunes. Vous trouverez sur cette page des liens vers les émissions des saisons précédentes. Pour en savoir plus sur l'initiative Je vote pour la science, rendez-vous ici. Vous pouvez également nous suivre sur Twitter.

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Transcription de la première partie

Pascal: Ça n’a pas toujours été ainsi mais désormais, un scientifique qui veut recevoir des sous pour ses recherches a beaucoup plus de chances s’il choisit des sujets qui peuvent être commercialisables.

Exemple classique, une recherche en santé qui a des chances de rapporter des dividendes à l’industrie pharmaceutique, elle a plus de chances d’être financée qu’une recherche en sciences sociales.

Voilà. Mais on peut aussi rester dans le domaine des sciences pures-et-dures, et dire qu’une recherche en physique, qui vise à découvrir le boson de Higgs, aurait elle aussi eu peu de chance d’être financée, parce qu’on ne sait pas à quoi le boson de Higgs va servir, ni même s’il va servir à qq chose un jour.

Dernier exemple en date, la semaine dernière, le Conseil national de recherche du Canada, un organisme subventionnaire financé par le gouvernement canadien, dévoilait ses nouvelles politiques; en gros, on s’y réjouit d’avoir entamé le virage industriel, c’est-à-dire que le Conseil va désormais privilégier, dans les sous qu’il distribue, les recherches dont les retombées commerciales sont immédiates. Et il s’inspirera des besoins exprimés par l’industrie pour choisir ses priorités.

Ce n’était pas vraiment une surprise, ces nouvelles politiques avaient été annoncées il y a quelques mois... et c’est une transformation qui était en préparation depuis à peu près 2 ans. On en avait nous-même parlé à l’émission.

Mais ça a fait jaser la semaine dernière: ça a fait la Une du Devoir, La Presse, le Globe and Mail... Et au-delà de ces politiques, le virage vers une science plus entrepreneuriale, les chercheurs eux-mêmes en sont conscients depuis un bout de temps. À preuve, le jour même où cette annonce était faite, avait lieu au congrès de l’Acfas, à Québec, où j’étais, un colloque d’une journée sur l’entrepreneuriat en science.

Le titre «Stimuler l’entrepreneuriat et l’innovation». On y trouvait une série de réflexions qui sont dans le décor depuis des années à présent. Mais qui rencontrent encore des résistances parce que par rapport à la longue histoire des universités, c’est relativement récent : c’est un type de questionnement qui aurait été impensable d’avoir dans une université il y a 30 ans: comment apprendre aux jeunes chercheurs à vendre leur projet à des investisseurs.

Mais la semaine dernière donc, on était loin de la simple réflexion, « devrait-on le faire ». On était carrément dans le pratico-pratique, «comment se vendre». Les organisateurs avaient commencé la journée par un vulgarisateur, Joël Leblanc, qui est venu expliquer aux universitaires à quel point ils vulgarisent mal, et comment ils pourraient mieux communiquer leur science à des gens qui n’en connaissent rien —en particulier, les gens d’affaires.

Par la suite, les organisateurs avaient même fait venir cinq représentants du milieu des affaires, qu’ils appelaient les Dragons, dans le cadre d’un concours aux allures de téléréalité: cinq étudiants avaient eu deux mois pour se préparer, avaient un temps limité pour présenter leurs projets de recherche, puis étaient évalués par les Dragons, et le public dans la salle pouvait voter pour le projet qui lui semblait avoir le plus de potentiel d’innovation.

Le discours dominant, c’est que le Québec serait en retard en matière d’innovation. Qu’on soit d’accord ou non, c’est le discours qui explique qu’il y ait de plus en plus d’efforts pour arrimer le milieu des affaires au milieu universitaire. Après la séance de la matinée, j’ai justement rencontré Richard Cloutier, PDG du Centre québécois de valorisation des biotechnologies, et qui était là à titre de paneliste critique des mauvaises stratégies de comm qu’emploient les scientifiques.

Je lui ai demandé d’expliquer la présence du Centre de valorisation, le CQVB, dans cette journée.

Écoutez l’entrevue avec Richard Cloutier à la 5e minute en cliquant sur le lien audio à gauche

Donc, ce colloque, Stimuler l’entrepreneuriat, était l’un des 200 colloques tenus dans le cadre du gros congrès annuel de l’Acfas, la semaine dernière à l’Université Laval de Québec.

L’homme derrière cette journée sur l’entrepreneuriat, Denis Garand, est professeur au département de management de l’Université Laval. Au lendemain de son colloque, jeudi, je lui ai demander de nous expliquer la philosophie derrière l’idée d’organiser un colloque sur l’entrepreneuriat dans le cadre d’un congrès scientifique.

Écoutez l’entrevue à la 10e minute en cliquant sur le lien audio ci-contre