Intuber un «patient», pratiquer un massage cardiaque, examiner un tympan, déceler un problème de vision, fabriquer une crème contre l’acné, procéder à un examen dentaire, quoi de mieux que de jouer au docteur pour intéresser les jeunes autochtones à faire carrière en sciences ou à tout le moins finir leur secondaire?

C’est une des nombreuses missions que s’est données le Dr Stanley Vollant, premier chirurgien autochtone du Québec. Accompagné de quarante étudiants, le médecin innu qui enseigne la médecine à l’Université de Montréal s’est rendu à Manawan pour y tenir une mini-école des sciences. Ainsi pendant toute une journée, quelque 200 ados atikamekws ont pu ausculter, observer, manipuler et échanger avec des étudiants en sciences de la santé de l’Université de Montréal et de l’Université McGill.

Donner la piqûre… des études

Dans le gymnase de l’école secondaire Otapi, à quatre heures de route de Montréal, les jeunes défilent d’un kiosque à l’autre. Intimidés mais attentifs, ils hésitent à répondre aux questions des animateurs universitaires. Ils ne se font toutefois pas prier pour utiliser les instruments mis à leur disposition.

À l’aide d’un stéthoscope, Shania, écoute le cœur de sa copine Elia. Dans un autre coin, on applaudit. Une jeune fille a réussi à intuber son «patient» (un demi-mannequin en plastique) avec un laryngoscope. Ailleurs, un jeune homme en fauteuil roulant, miroir et sonde en main, scrute la bouche d’Oscar le modèle anatomique de la faculté de médecine dentaire.

Marie-Marthe Malec enseignante en adaptation scolaire observe la scène un sourire aux lèvres. «C’est la première fois que je les vois autant s’engager. Ces kiosques… c’est la pédagogie autochtone: voir et faire». Sana Swaleh, étudiante en médecine renchérit: «C’est du concret explique-t-elle. En apprenant à se servir d’un sphygmomanomètre pour mesurer la tension, les jeunes se disent: j’ai réussi. Je suis capable de le faire».

L’enseignant Ghani Benaouicha espère que cette expérience poussera ses élèves à suivre des formations. «Cette année, trois élèves vont finir leur secondaire». Même si l’école compte quatre classes de première secondaire, le nombre d’élèves diminue au fur et à mesure qu’on avance dans les études. Statistiques Canada, révélait en 2006 que le taux de décrochage chez les élèves du secondaire vivant dans des réserves atteignait 60%. C’est quatre fois plus que chez les autres jeunes Canadiens. «On fait tout pour réduire le taux d’abandon» affirme Abdoulaye Kourouma, superviseur pédagogique. «On encourage les jeunes à venir visiter ces ateliers. On cherche à les motiver.» Et ça semble fonctionner. Mais faire des études supérieures signifie qu’on doive s’éloigner de la communauté. Or, «plusieurs jeunes ont peur d’aller en ville» explique-t-il. Sharène Niquay, fera partie de ces rares finissants. Elle compte étudier en soins infirmiers à Val-d’Or. Ces ateliers lui donnent encore plus le goût d’y aller.

Bienfaits secondaires

Cette expérience ne profite pas qu’aux élèves autochtones. Elle a aussi des «bienfaits secondaires». Les universitaires viennent prendre un bain culturel. Pour plusieurs, c’est leur première visite dans une communauté autochtone. «Ils réalisent que le tiers-monde est dans leur cour» fait observer le Dr Vollant. Les étudiants sont unanimes: on ne connaît pas beaucoup les autochtones et il y a du travail à faire. Pourtant, « les autochtones des régions viennent en ville. C’est une population avec laquelle on va travailler» plaide Gabriel Gorry, étudiant en service social. Le Dr Vollant s’emploie justement à changer le curriculum pour permettre aux étudiants de médecine à développer leurs compétences pour soigner les Premières Nations. Il est aussi convaincu que mieux les connaître, autrement que par les statistiques, permettra à ses étudiants de devenir des médecins plus humains, tout simplement.