Certaines manchettes auraient pu faire croire à un acte terroriste: «la baleine qui risque d’exploser», «baleine explosive à Terre-Neuve»... Mais aussi étrange que cela semble, une baleine qui explose, c’est courant. Une baleine morte, s’entend.

La semaine dernière, une baleine bleue s’est échouée, déjà morte, près du village de Trout River, Terre-Neuve. Elle était probablement d’un groupe de neuf mammifères qui, quelques semaines plus tôt, avaient été repérés, coincés dans les glaces.

Si des baleines échouées font parler d’elles à intervalles réguliers ailleurs dans le monde, celle-ci est devenue rapidement virale: elle a son mot-clic sur Twitter (#explodingwhale) et sa page web: Has the Whale Exploded Yet?

Mais pourquoi? C’est que cette bestiole est, comme tout cadavre qui se respecte, gonflée de méthane à mesure que ses organes internes se décomposent. Le 30 avril, on estimait que ce «gonflement» lui avait donné deux fois sa taille. Or, on parle d’une bestiole de 25 mètres de long et de 180 tonnes. Ça fait beaucoup de méthane.

Ceci dit, elles n’explosent pas toutes. Le scénario le plus probable, rassuraient les biologistes la semaine dernière, est celui d’un «dégonflement» progressif. De fait, c'est ce scénario qui, en fin de semaine, était déjà en cours.

Mais des explosions, ça arrive bel et bien, comme le rappelle le biologiste marin et blogueur qui est derrière le site consacré à la baleine terre-neuvienne.

C’est ainsi qu’on a un cas célèbre à Taïwan en 2004 (explosion en pleine rue, alors que la carcasse était transportée), aux îles Feroe en 2013 (alors qu’un biologiste était en train de l’étudier) en Uruguay également en 2013...

Et surtout, en Oregon en 1970, où les résidents de l’endroit ont eu droit à une explosion provoquée... à la dynamite. Le film de cette explosion est lui aussi devenu viral cette semaine. Il faut dire que l’ingénieur en charge à l’époque n’avait pas prévu que les fragments voleraient aussi loin. Les résidents éclaboussés non plus.

C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, on préfère enterrer les baleines mortes et laisser la nature faire son travail...

Trout River n’est pas équipée pour transporter ou enterrer une bestiole de 180 tonnes. Le Musée royal des sciences de l’Ontario a annoncé le 2 mai qu’il envoyait des gens sur place, mais on les voit mal ramener la carcasse en Ontario: comme cela s’est déjà produit ailleurs, les scientifiques attendront que le corps se dégonfle, pour en récolter le squelette.

En attendant, Trout River a droit à un afflux de touristes inhabituel à cette époque de l’année.