Privés d’eau potable pendant deux jours, voilà le mauvais tour qu’une prolifération massive d’algues toxiques dans le lac Érié a joué aux habitants de Toledo en Ohio. Même si l’interdiction de consommer l’eau a été levée, des scientifiques pensent que le phénomène pourrait devenir récurrent compte tenu des changements climatiques.

Pas de secret: les nutriments comme le phosphore contenus dans les eaux de ruissèlement agricoles contribuent pour l’essentiel à cette prolifération d’algues. Des ruissèlements transportés des champs vers le lac Érié par de grandes quantités de pluie et qui peuvent contaminer à l’occasion les systèmes d’approvisionnement d’eau des 11 millions de riverains du lac. Ce ne serait pas la première fois: en 2011, la moitié des berges du lac Érié est contaminée.

Comme le résume dans le Scientific American Timothy Davis, un écologiste du Great Lakes Environmental Research Laboratory: «les changements climatiques causeront plus de pluies abondantes. Et qui dit fortes précipitations, dit plus de nutriments dans le lac et plus de toxicité.» Car, l’algue en question ici libère de la microcystine, une toxine qui provoque chez l’homme des vomissements, de la diarrhée, des troubles hépatiques et rénaux. De quoi forcer le demi-million d’habitants de Toledo à s’approvisionner d’urgence en eau embouteillée.

En réalité, l’augmentation de la quantité de précipitations est déjà observable. Le Midwest connaît une hausse de près de 40% depuis la fin des années 1950. Et cela ne va pas aller en s’améliorant: de récentes projections rapportent que la fréquence de pluies abondantes serait de 4 à 5 fois plus importante d’ici 2100 (avec le niveau actuel d’émissions). Les changements climatiques favoriseront l’augmentation des températures des eaux du lac et contribueront à l’explosion des proliférations, mais aussi à leur longévité.

Du danger de l’inaction

Dans ces conditions, les risques de maladies d’origine hydrique seront potentiellement en hausse dans la région des Grands Lacs selon le rapport du National Climate Assessment. Un danger qui guette la santé des hommes et leur économie.

Le chaos semé par les proliférations d’algues à répétition coûte cher à l’industrie touristique et à la pêche commerciale. Des dizaines de milliards de dollars aux États-Unis, selon le New York Times . En exemple, le quotidien prend soin de rappeler l’apparition d’une zone morte (eaux privées d’oxygène) du golfe du Mexique grande comme le New Jersey après une prolifération d’algues l’été dernier.

L’Environmental Protection Agency et les autorités responsables de l'eau au niveau des États ont pourtant publié un rapport sur la pollution des eaux par le phosphore. C’était il y a cinq ans, le document s’intitulait An Urgent Call to Action. Depuis, très peu a été fait, notamment sur la limitation de l’usage du phosphore qui se fait encore de manière volontaire.