Quand une compagnie aérienne en est rendue à annuler ses vols vers le Kenya en raison de l’épidémie d’Ebola, alors que celle-ci sévit à 5000 km du Kenya, c’est que l’analphabétisme scientifique a encore frappé.

Le 14 août, Korean Air Lines annonçait en effet qu’elle suspendait tous ses vols à destination de ce pays africain qui n’a pas connu un seul cas d’Ebola depuis des décennies. Mais ce n’était pas le seul dérapage :

  • La semaine dernière, on apprenait que la Chine avait voulu placer en quarantaine les athlètes du Nigeria, venus dans ce pays participer aux Olympiques de la jeunesse. En réponse, l’équipe a choisi de quitter la Chine.
  • Une compagnie d’assurances thaïlandaise qui avait offert un voyage à 1500 de ses meilleurs clients, l’a annulé. Ces voyageurs devaient s’envoler pour l’Afrique du Sud. Qui, elle aussi, est à des milliers de kilomètres des quatre pays d'Afrique de l'Ouest où ont été recensés cette année les cas d’Ebola : la Guinée, la Sierra Leone, le Liberia et le Nigeria.

Un peu partout dans le monde, des agences de voyages et des compagnies aériennes, sans parler des intervenants en santé, tentent de contrecarrer la peur avec des leçons de géographie. Le groupe britannique South Africa Tour, qui organise entre autres des safaris, prenait ces derniers jours la peine de souligner sur son site que « l’Afrique est grande, très très grande ». Avec à la clef des cartes montrant que le continent est plus grand que la Chine, les États-Unis, l’Europe de l’Ouest et l’Inde réunis.

Interrogé par le Wall Street Journal , le directeur de l’agence européenne qui avait perdu les 1500 clients thaïlandais, Barry Hurter, résumait ainsi : « nous leur avons dit que l’Europe est en fait plus près de ces pays que l’Afrique du Sud. Mais la leçon de géographie n’a pas aidé ».

Il y a aussi des leçons de santé à donner. Lorsqu’il a été annoncé au début du mois que le Centre de contrôle des maladies d’Atlanta rapatriait deux Américains malades afin de les soigner dans l’unité spéciale d’isolement de l’Université Emory, la réaction a été hostile : comment les autorités osaient-elles faire entrer aux États-Unis un virus aussi dangereux? Or, même les restrictions de vols dans les pays directement touchés vont à l’encontre des avis d’experts, qui rappellent que l’Ebola ne se transmet pas comme la grippe. Il faut un contact direct avec les fluides corporels du malade —le sang, l’urine, etc.— et depuis qu’on a identifié ce virus en 1976, chaque résurgence de la maladie a été bloquée dès qu’on a pu mettre les patients en quarantaine et distribuer aux travailleurs de la santé et aux familles des gants chirurgicaux en quantité suffisante.

Sans compter que si les restrictions de vol se multiplient, elles vont rendre plus difficile l’acheminement de médecins et d’équipement médical, ont critiqué ces derniers jours l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et Médecins sans frontières. « L’OMS exprime sa déception. Il est difficile de sauver des vies si nous et d’autres travailleurs de la santé ne pouvons pas entrer. »

L’OMS a d’ailleurs jugé bon de clarifier la question des voyages aériens dans un autre communiqué, le 14 août : « lorsque quelqu’un est atteint d’Ebola, il est si affaibli qu’il ne peut pas voyager ». L’Association internationale du transport aérien, qui représente les compagnies aériennes, déconseille elle aussi l’interruption de vols à direction de ces régions d’Afrique de l’Ouest.