La nouvelle a fait grand bruit dans les cercles verts : les héritiers Rockefeller, qui doivent au pétrole d’être richissimes depuis quatre générations, ont annoncé qu’ils allaient à l'avenir abandonner ces investissements. Un témoignage du chemin parcouru en très peu de temps par un mouvement citoyen inédit.

Lancé au tournant des années 2010 sur des campus américains, l’appel à un « désinvestissement » (divesting en anglais) est l’un des mouvements de protestation à avoir connu la croissance la plus rapide des dernières années : un peu partout, des étudiants d’abord, puis de simples citoyens, ont demandé aux conseils d’administration des universités, des organismes religieux ou philanthropiques, puis des municipalités, qu’ils retirent leurs placements de toute compagnie associée aux carburants fossiles.

Selon une évaluation de la firme de consultants Arabella, c’est plus d’un milliard de dollars qui aurait à présent changé de mains. Il en faudrait beaucoup plus pour ébranler les multinationales du gaz et du pétrole, mais le geste a contribué à braquer sur eux les projecteurs, et à culpabiliser des administrations qui profitent des bénéfices de ces compagnies.

Le mouvement de « désinvestissement » a au moins un précédent historique : dans les années 1970 et 1980, une campagne utilisant les mêmes arguments a contribué à faire plier le régime raciste sud-africain, ou du moins à lui donner une mauvaise image dans les médias américains et européens.