Le phénomène grandissant des bactéries qui deviennent de plus en plus résistantes aux antibiotiques inquiète. Keiji Fukuda, sous-directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, a d’ailleurs déclaré qu’«à moins que les nombreux acteurs concernés agissent d’urgence de manière coordonnée, le monde s’achemine vers une ère post-antibiotique, où des infections courantes et des blessures mineures qui ont été soignées depuis des décennies pourraient à nouveau tuer».

Avons-nous raison de craindre les superbactéries ?

« Quand on parle de superbactéries, il faut comprendre qu’on parle de bactéries qui résistent à un très grand nombre d’antibiotiques. Bien entendu, il reste toujours des options, mais beaucoup moins », souligne Éric Déziel, professeur-chercheur au Centre INRS-Institut Armand-Frappier, lors d’un panel réunissant des experts à l’occasion du premier Grand Rendez-vous scientifique tenu en septembre dernier dans le cadre du 20e anniversaire du Musée Armand-Frappier.

La majorité d’entre nous a déjà utilisé un antibiotique au moins une fois dans sa vie pour combattre une maladie infectieuse. Le Canada demeure néanmoins l’un des pays où le nombre d’antibiotiques prescrits per capita est le plus bas, alors qu’on parle plutôt de sur-utilisation de ces médicaments à l’échelle planétaire.

« Devenue multirésistance, on estime que la tuberculose fera 1,3 million de morts en 2014. Dans certains pays, l’infection est traitée de façon aléatoire. Ça devient un problème, car les traitements inadéquats entraînent l’émergence des résistances », avertit Marcel Behr, professeur à l’Université McGill.

Penser à faire mouche

Rappelons-le, les bactéries retrouvées dans notre corps ne sont pas toutes mauvaises. Peu spécifiques, les antibiotiques entraînent aussi souvent la destruction de ces bons microorganismes.

« ll faut penser à développer des méthodes de traitement plus ciblées. Une alternative serait d’utiliser des bactériophages, c’est-à-dire des virus qui infectent les bactéries. Et la beauté de la chose, c’est que les bactériophages finissent par être éliminés naturellement sans accumulation dans le corps humain », fait valoir Louis-Charles Fortier, professeur agrégé à l’Université de Sherbrooke.

Diminuer l’utilisation d’antibiotiques et développer des alternatives sont donc deux solutions qui pourront nous aider à contrer le phénomène d’apparition de superbactéries. Sans compter qu’il est inutile de vivre dans un monde complètement aseptisé, explique Karl Weiss, chef du département des maladies infectieuses et microbiologie médicale, Hôpital Maisonneuve-Rosemont : « L’eau et le savon font souvent un bon travail pour le nettoyage. »

Cet article a d'abord été publié sur le site Laval Scientastique!, le carrefour lavallois de la culture scientifique.