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Québec: quel avenir pour la santé publique?

Je vote pour la science, le 3 décembre 2014, 11h59

(Agence Science-Presse) On a beaucoup parlé de politique et d'administration dans le cadre des débats en cours sur la réforme québécoise du système de santé. Quelles sont les inquiétudes du point de vue de la santé publique? C'est ce dont nous parlons cette semaine avec nos invités.

Québec: quel avenir pour la santé publique?
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Québec: quel avenir pour la santé publique?

Écoutez notre émission précédente sur ce même sujet (19 novembre)

À lire: De jeunes médecins à la défense de la santé publique (2 décembre)

Ci-dessous : clip enregistré avec Catherine Dea.

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Le gouvernement du Québec a demandé aux directions régionales de santé publique de réaliser des compressions de près de 30% —en d’autres mots, de se départir d’un employé sur trois et de réviser leurs programmes de prévention.

Tous les programmes ne seront pas touchés —du moins, on le suppose. La surveillance des maladies, comme Ebola, la vaccination des enfants ou le dépistage de maladies infectieuses, resteront dans la ligne de mire de la santé publique.

Par contre de nombreux programmes de prévention ou de promotion de la santé risquent de voir leurs budgets diminuer, voire de disparaître.

Récemment, 18 professeurs au Département d'administration de la santé de l'École de santé publique de l'Université de Montréal faisaient part de leur désaccord dans une lettre intitulée «La réforme Barrette ne tient pas la route». Ils y dénoncent la centralisation et la bureaucratie que ces mesures risquent d’engendrer. Ils rappellent que le débat entourant la taille optimale des établissements de santé n’est pas nouveau et «ce n’est pas parce que c’est gros, que c’est mieux».

Autre groupe, les jeunes. Un nouveau groupe de jeunes médecins dénonce les compressions en santé publique qu’ils qualifient de vision à court terme. Nous en avons deux en studio cette semaine. Les Jeunes médecins pour la santé publique sont des résidents et des finissants spécialistes en santé publique et médecine préventive. Qu’est-ce qui les met en colère dans cette réforme ? Quel sera l’impact à court et moyen terme ? La rémunération des médecins n’est-elle pas un sujet délicat face à l’opinion publique ? Ils rappellent qu'investir dans la prévention, c'est la solution qui a le plus d'impact sur la santé de la population.

Nos invités :

  • André-Pierre Contandriopoulos, professeur au Département d'administration de la santé de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.
  • Catherine Dea, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive, nouvellement diplômée depuis septembre 2014. Elle travaille à développer des programmes de prévention pour améliorer la santé et le développement des enfants et pour réduire les inégalités de santé.
  • David-Martin Milot est médecin résident à l'Université de Sherbrooke, aussi en santé publique et médecine préventive. Il vient de compléter sa maîtrise en santé publique à l'Université de Montréal.

Écoutez l'émission en cliquant sur le lien audio ci-contre, à gauche.

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Je vote pour la science est diffusée le lundi à 13h30, sur les six stations régionales de Radio VM. Elle est animée par Isabelle Burgun et Pascal Lapointe. Vous pouvez également nous écouter le mardi à 11h à Radio Centre-Ville (102,3 FM Montréal) et vous abonner sur iTunes.

Vous trouverez sur cette page des liens vers les émissions des saisons précédentes. Pour en savoir plus sur l'initiative Je vote pour la science, rendez-vous ici. Vous pouvez également nous suivre sur Twitter et sur Facebook.

5 commentaires

Portrait de David-Martin Milot

Bonjour Mme Hamel,

Merci pour votre commentaire. C'est un plaisir de débattre sur différents enjeux de santé publique. Étant originaire de Trois-Rivières, je suis particulièrement sensible à la question de fluoration de l'eau, surtout après le chaud débat qui a eu lieu et qui a mené à son approbation. Je ne suis pas d'accord avec vous quant au fait que cette intervention devrait être coupée pour différentes raisons. Tout d'abord, il s'agit d'une des interventions avec le meilleur retour sur l'investissement. En effet, en introduisant le fluor dans l'eau, les personnes qui n'ont pas accès aux services d'un dentiste ou qui peinent à prendre des mesures d'hygiène buccale par eux-mêmes ont une meilleure santé bucco-dentaire. Il s'agit d'une mesure visant l'ensemble de la population et qui permet de réduire les inégalités sociales en santé, puisque les personnes qui prennent les mesures que je viens de citer maintiennent leur bonne santé bucco-dentaire alors que ceux qui ne les prennent pas (souvent des populations plus défavorisées), voient leur santé s'améliorer. La carie est un important problème de santé publique et le Québec fait pauvre figure en ce sens. C'est pourquoi cette mesure, qui est passive plutôt que coercitive puisqu'elle fut votée dans bon nombre d'endroits, est aussi efficace. Les personnes qui s'opposent à la fluoration peuvent s'acheter un filtre pour retirer le fluor de leur eau.

Le fluor n'est pas un produit toxique aux doses utilisées pour la fluoration de l'eau. Les personnes qui s'opposent à la fluoration auront souvent pour argument que le fluor peut donner le cancer, etc. Cependant, n'importe quelle substance, à des doses très élevées, peut être extrêmement toxique pour l'homme, même l'eau. Plusieurs études ont été faites pour s'assurer que la concentration de fluor dans l'eau potable ne représente aucun risque pour la santé. À la concentration recommandée (de 0,6 mg/l à 1,2 mg/l), la seule conséquence est la fluorose dentaire, soit de voir apparaître des petites taches blanches inoffensives sur les dents chez une infime proportion de la population. Les autres conséquences se développent à des concentrations beaucoup plus élevées, jamais atteintes par la seule consommation de l'eau fluorée.

Aussi, il est à noter qu'il n'existe pas de programme de subvention du MSSS pour la fluoration de l'eau. Il s'agit de fonds municipaux. Cependant, à mon avis, c'est un courageux et merveilleux investissement, puisque ça fait sauver plusieurs millions de dollars par année aux Québécois. Tel que mentionné dans cette publication du MSSS, les coûts liés aux soins buccodentaires représentent environ 3 milliards de dollars par année, au Québec. (http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2012/12-231-01F.pdf)

Étant donné les innombrables bénéfices et l'absence de risques, j'ai encore de la difficulté à comprendre pourquoi ce sujet constitue un débat de société. Je crois qu'il s'agit plutôt d'une conséquence malheureuse d'une mésinformation sur les risques et bénéfices de l'intervention par différents acteurs de la société. Cependant, je comprends bien l'argument que vous soulevez, quant au fait que certains puissent sentir que leur liberté personnelle est brimée. En ce sens, je pense donc qu'il est sain de pouvoir débattre de la question, tel que ce fut le cas à Trois-Rivières.

Merci encore pour votre commentaire. Je vous invite à 'aimer' la page Facebook de Jeunes médecins pour la santé publique (JMPSP) pour continuer d'échanger sur de tels sujets. https://www.facebook.com/JMPSP

Bonne journée,

David-Martin Milot
Co-président, JMPSP

Portrait de Joan Hamel

Bonjour M.Milot,

Le gouvernement vient d'accorder à la ville de Trois-Rivières une "subvention" de 797 000$ pour la modernisation des équipements en vue de la fluoration de l'eau alors qu'il coupe dans plusieurs services et programmes répondant à des besoins beaucoup plus criants pour la population. Quels seront les programmes de Santé publique qui seront touchés par la réforme du Dr.Barette? Peut-on prévenir la carie dentaire avec un programme de prévention et de promotion de la santé buccodentaire en réduisant la consommation de sucre par exemple? Cette alternative plus acceptable socialement permettrait d'agir en amont en réduisant non seulement la carie mais d'autres types de maladies très coûteuses pour la société.

La Commission parlementaire sur la fluoration de l'eau en avril 2013 recommandait que le critère d'acceptabilité sociale s'applique avant l'instauration de cette mesure à l'ensemble de la population. Il n'y a eu aucune consultation publique à Trois-Rivières. Une pétition est en circulation présentement et près de 6000 citoyens ont signé la pétition contre la fluoration de l'eau potable. Ceci démontre très bien que la condition d'acceptabilité sociale n'est pas au rendez-vous pour des raisons de santé, d'environnement, d'éthique et économiques.

En terminant, devant autant de municipalités qui refusent la fluoration au Québec et partout dans le monde, la population a raison de s'inquiéter. La population a le droit de choisir et de demander au gouvernement et à la Santé publique, d'appliquer le principe de précaution car il n'y a pas de consensus dans la communauté scientifique et des professionnels de la santé et de l'environnement quant à la toxicité de ce produit, l'absence de risque et l'efficacité réelle de cette mesure.
J'aimerais que vous me donniez vos commentaires sur cette récente étude qui fait la démonstration que les coûts/bénéfices de la fluoration de l'eau tels que relatés dans les documents de la Santé publique ne seraient pas tout à fait justes.
http://www.maneyonline.com/doi/full/10.1179/2049396714Y.0000000093

Joan Hamel

Portrait de David-Martin Milot

Bonjour Mme Hamel,

Pardonnez ce long délai avant ma réponse. Je ne m'étais pas aperçu que vous m'aviez répondu. Avez-vous Facebook? Nous pourrions transférer ce débat sur la page de JMPSP qui se veut une plate-forme d'échange d'idées, si vous le désirez! Les réponses seront beaucoup plus rapides. Voici le lien: https://www.facebook.com/JMPSP

Pour ce qui est de ma réponse, je vous prie de me laisser du temps pour réviser l'article que vous m'avez envoyé. Je vous répondrai dès que possible.

Je peux vous dire d'emblée que le choix des programmes de santé publique à couper suite aux coupures du ministre Barette me préoccupe énormément, également. Nous fonctionnions déjà à budget réduit en SP, alors ces coups de sabre dans nos maigres budgets sont difficiles à absorber. Idéalement, il existerait plusieurs interventions pour une même problématique. Dans le contexte actuel, il faut cependant faire des choix. En ce qui concerne la fluoration de l'eau et le projet de prévention/promotion en santé buccodentaire que vous proposez, la grande force de ce premier est qu'il constitue un mesure passive. Ainsi, les gens n'ont pas besoin de poser un geste, de faire une action, pour être protégés. Le fluor, totalement inoffensif aux concentrations choisies, se retrouve dans l'eau et protège tout le monde de façon égale. Ainsi, on n'observe pas d'écarts entre les gens plus favorisés et ceux plus défavorisés, pour qui l'accès à plusieurs interventions est souvent menacé par des causes externes liées à leur situation de précarité. (C'est ce qu'on appelle les inégalités sociales en santé, dans le jargon de santé publique) Une intervention de prévention/promotion en santé bucco-dentaire aurait ce risque de creuser un tel écart, si elle n'est pas planifiée en tenant compte de cette particularité complexe. Et même si l'intervention était planifiée de façon à ne pas creuser ces écarts entre favorisés-défavorisés, il reste qu'une consultation chez un dentiste coûte cher, donc les plus défavorisés demeurent désavantagés. Bref, ma vision des bénéfices découlant de la fluoration de l'eau en est une de justice sociale, où personne ne sera laissé dans l'oubli vu que tous boivent de l'eau et donc ont accès au fluor qui protégera leurs dents, peu importe leur statut socioéconomique. De plus, si quelqu'un a la chance de pouvoir payer des soins bucco-dentaires de qualité, il pourra certainement payer un filtre pour retirer le fluor de l'eau. Bien sûr, il y a plusieurs autres façons d'aborder le débat, mais voici la mienne.

Pour ce qui est de la question de l'acceptabilité sociale, je dois m'informer davantage quant aux mesures qui ont été prises pour consulter la population à Trois-Rivières. Je pourrai vous revenir là-dessus. Le vote des conseillers municipaux était extrêmement serré, ce que j'interprète comme un manque en termes de communication des risques et bénéfices à la population... Si la SP avait les ressources dont elle a besoin, cette question aurait fort probablement été abordée différemment. Malgré tout, le principe de précaution que vous évoquez dans votre réponse va en faveur de la fluoration de l'eau de la ville, vu l'absence de risques à la santé aux concentrations de fluor qui y sont mises.

Au plaisir d'échanger avec vous,

David-M. Milot

Portrait de Joan Hamel

Nous devrions couper dans le programme de subvention pour la fluoration de l'eau. Ce programme ne fait pas l'objet d'une grande acceptabilité sociale sociale. Plusieurs villes cessent la fluoration car il existe d'autres alternatives pour réduire la carie dentaire au lieu de traiter l'ensemble d'une population en ajoutant un produit chimique toxique à l'eau potable. Ce traitement médical coercitif entrave les droits et libertés des citoyens.

D'autres programmes de prévention en santé publique méritent de rester en place et abolissons donc la fluoration de l'eau potable. C'est un gaspillage éhonté des fonds publics car seulement 1% de l'eau est bue et 99% est rejetée dans l'environnement. À Trois-Rivières seulement, le gouvernement subventionne 800 000$ pour fluorer l'eau avec des coûts récurrents estimés à plus de 50 000$ annuellement. On pourrait mettre cet argent ailleurs non?

Portrait de David-Martin Milot

Oups, j'ai écrit ma réponse comme s'il s'agissait d'un nouveau commentaire sur la page de Je vote pour la science! Veuillez vous y référer s'il vous plaît.

David-Martin Milot
Co-président, JMPSP