Quatre communiqués de presse en santé sur 10 contiennent des conseils exagérés; un sur trois pointe une relation de cause à effet qui n’existe pas nécessairement; et 36% tirent des conclusions hâtives d’une recherche en santé sur des animaux.

 

Or, dans un univers où il y a au moins cinq relationnistes pour un journaliste, et où les journalistes scientifiques sont fréquemment isolés, avec peu de temps et de ressources, le communiqué a de plus en plus d’influence: peu de journalistes scientifiques s’y alimentent, mais quantité de nouvelles scientifiques dans les journaux et sur les sites d’information générale ne sont pas écrites par des journalistes scientifiques. Faudrait-il de toute urgence enseigner aux relationnistes à moins monter en épingle leur produit... ou faudrait-il financer davantage de journalisme scientifique?

Les chiffres proviennent d’une étude britannique publiée le 9 décembre dans le British Medical Journal . Les chercheurs ont analysé 462 communiqués de presse de 20 institutions de chez eux, tous liés à des recherches révisées par les pairs, en santé ou en médecine, parues en 2011. Mais surtout, les chercheurs ont analysé les recherches en question, de même que quelque 700 reportages associés à ces communiqués, afin de voir qui avait exagéré quoi: le journaliste, le relationniste... ou le chercheur?

Pour qui sait à quel point certains journalistes sont dépendants des communiqués, ce ne sera pas une surprise: «l’exagération dans les nouvelles est fortement associée à l’exagération dans les communiqués de presse». Mais pour qui n’a pas l’habitude de jeter le blâme sur les relationnistes, ce sera un choc: par exemple, lorsqu’un communiqué contient une relation exagérée de cause à effet, elle se retrouve dans 81% des cas, dans le texte journalistique. Lorsque le communiqué ne fait pas état d’une telle relation, celle-ci se retrouve dans 18% des textes journalistiques.

Commentant ces résultats sur le blogue HealhNewsReview —justement voué à l’analyse des nouvelles en santé— le nouveau rédacteur en chef écrit :

 

Ceci suggère que les relationnistes qui écrivent ces communiqués, et les chercheurs qui collaborent avec eux, sont eux aussi des joueurs-clefs dans la promotion de cette désinformation.

 

Si on ne peut pas empêcher les chercheurs de faire leur auto-promotion —spécialement en cette époque où ils subissent une pression pour publier plus souvent— et s’il est dans la nature des relationnistes que de monter en épingle des réussites, il ne reste du coup que le journaliste, en tant qu’acteur indépendant de la recherche. Bémol : comme le suggère le Dr Ben Goldacre dans un éditorial qui accompagne la recherche du British Medical Journal, on pourrait également «prévenir» le problème si les chercheurs étaient impliqués dans l’écriture du communiqué de presse, avant même la parution de leur recherche. Une suggestion qui nécessiterait toutefois des compromis douloureux de part et d’autre, pour satisfaire autant le relationniste qui vise un texte accessible et le chercheur qui serait prêt à écrire des pages et des pages...