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Jeunes chercheurs en temps d’austérité

Isabelle Burgun, le 31 décembre 2014, 8h56

(Agence Science-Presse) Les nouvelles coupes touchant les universités affecteront-elles les jeunes chercheurs? Les principaux intéressés sont unanimes et sans illusions. Ces coupes se répercuteront sur l’emploi, les budgets et même le soutien à la recherche.

Titre: Holding a hope
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Titre: Holding a hope

Ainsi, une fois son second stage postdoctoral achevé, Hélène Beaudry, étudiante à la faculté de médecine de l’Université McGill et boursière de la Société de l’arthrite, entrevoit peu de possibilités d'emploi.

Maude Laliberté, doctorante au département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal et jeune lauréate du prix ACFAS-Desjardins 2014, n'est guère plus optimiste: «Avec ces coupes, il y a aura moins d’auxiliaires d’enseignement et de chargés de cours, mais aussi moins d'emplois ponctuels —assistants et correcteurs— pour les étudiants. Et tout ça, jumelé à des cours de moins bonne qualité.»

Pour Jean-Christophe Bélisle Pipon, étudiant au doctorat en bioéthique à l'Université de Montréal, l'impact de ces mesures budgétaires se fait déjà bien sentir. «Elles nous distraient de ce qui devrait être notre objectif principal, soit la scolarité et la recherche.»

La relève: une priorité?

Avec une réduction du budget des Fonds de recherche, les plus jeunes risquent d'être moins soutenus que les chercheurs plus renommés. «Pourtant, il est primordial que les efforts soient maintenus pour que la relève reste une priorité», tranche Hélène Beaudry.

Alexis Reymbaut, doctorant en physique de la matière condensée à l’Université de Sherbrooke, abonde dans le même sens, s'inquiétant plutôt de l'avenir de ceux qui le suivront. «Les demandes de financement moins rentables ne permettront pas aux directeurs de recherche de recruter autant d'étudiants.» C’est l’avenir de la relève que l’on pilonne, selon lui. «Ces coupes touchent directement l'éducation des futurs scientifiques avec la fermeture de certains programmes et en empêchant de nouveaux de voir le jour».

Face aux difficultés d’embauche, il importe d’arrimer plus adéquatement le passage du postdoctorat au poste de chercheur et d’offrir un meilleur mentorat des jeunes.

Alors que Jean-Christophe Bélisle Pipon rêve de bourses d’études modulées à la réalité des jeunes chercheurs —pour la conciliation travail-famille notamment— Maude Laliberté énumère les éléments indispensables au soutien de la recherche: «une équipe de direction disponible et dynamique, une bonne collégialité avec les pairs et une structure administrative universitaire efficace et de qualité». Il faudrait aussi améliorer les conditions financières et de travail des directeurs de recherche. «L’enfer administratif des demandes de subventions les détourne de l’encadrement des étudiants et de la recherche», sanctionne de son côté Alexis Reymbaut.

Fidèles au Québec

Malgré ces conditions, aucun des quatre jeunes chercheurs interviewés n’envisage pour l'instant de quitter le Québec à la recherche d’un avenir plus prometteur. «C’est un endroit avec beaucoup d’opportunités», pense Maude Laliberté. La province reste même très attractive pour Hélène Beaudry. «J’ai eu la chance d’évoluer dans d’excellents laboratoires et cette solution reste encore la plus stratégique pour moi , justifie-t-elle.

Ce qui ne les empêche pas de garder les pieds sur terre et la porte ouverte aux opportunités intéressantes. Surtout «qu’il faut être réaliste et mesurer ce que signifie la suite si un seul doctorant sur cinq détiendra éventuellement un poste académique», précise Jean-Christophe Bélisle Pipon.

Alors qu’Alexis Reymbaut envisage d’embrasser une carrière de vulgarisateur scientifique, les autres ne renonceraient pas à une carrière de chercheur. «D’ici à ce que je termine mes études, les perspectives de financement seront fort différentes», relève Jean-Christophe Bélisle Pipon. Le chercheur qu’ils imaginent devenir sera aussi un citoyen engagé. «Il devra s’exprimer pour éclairer le débat public», ajoute Maude Laliberté.