Qu’est-ce qui est plus étonnant: que des chercheurs proposent d’envoyer un message à d’éventuels extraterrestres, ou que d’autres chercheurs recommandent un moratoire sur l’envoi d’un tel message?

Parmi les nombreux débats à avoir occupé le dernier congrès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS), c’est sans doute le plus surréaliste. Vendredi, 13 février, le chercheur Doug Vakoch, de l’Institut SETI (Search of Extraterrestrial Intelligence) a proposé qu’au lieu de simplement écouter les étoiles, dans l’attente d’un signal venu d’une autre civilisation, nous lancions un signal, en ciblant les plus prometteuses des exoplanètes découvertes ces dernières années. Doug Vakoch propose d’utiliser pour cela le radiotélescope d’Arecibo, sur l’île de Porto Rico. Et certains semblent trouver l'idée inquiétante.

Le débat n’est pas nouveau. Cette version 2.0 de SETI est appelée METI, pour Messaging Extraterrestrial Intelligence. Déjà en 2010, le physicien Stephen Hawking avait suggéré qu’il serait imprudent de signaler ainsi notre présence à des extraterrestres dont on ignore tout. Mais cette semaine, c’est un véritable communiqué qui a été émis en réaction à METI:

Les programmes METI impliquent des conséquences inconnues et potentiellement énormes. Nous croyons que la décision de transmettre ou pas doit être basée sur un consensus mondial, et non sur les souhaits de quelques individus ayant accès à de puissants équipements de communication. Nous recommandons fortement un débat international sérieux par des corps représentatifs avant de nous engager plus avant dans cette activité.

Ce communiqué est cosigné par le milliardaire Elon Musk —fondateur de la compagnie SpaceX— et une vingtaine d’autres personnes, dont l’auteur de science-fiction David Brin et l’astronome Geoff Marcy —justement un des pionniers de la recherche d’exoplanètes, ces planètes tournant autour d’autres étoiles. David Brin était présent au congrès de l’AAAS pour présenter cet appel à un moratoire sur METI.

Par contre, là où Stephen Hawking —et des générations de science-fiction— évoquait un scénario catastrophe —une guerre interstellaire?— Musk et ses partenaires évoquent... l’économie. L’inévitable controverse entourant l’envoi d’un message «là-haut», disent-ils, pourrait nuire aux recherches futures dans le domaine... et aux futurs investissements.

Par exemple, Geoff Marcy est conseiller sur un projet appelé «Message pour la Voie lactée». Le moratoire s’appliquerait-il à son projet? Tandis que Doug Vakoch est directeur de la «rédaction» de l’éventuel message qu'enverrait l’Institut SETI. Après la course à l'espace, la course au message?