L’Alzheimer peut-il se transmettre d’une personne à l’autre, à la manière d’une infection? La réponse est non, mais la question n’est pas si invraisemblable que d’aucuns ne l’auraient cru.

«Il n’y a aucune preuve que l’Alzheimer soit infectieux», titre la journaliste scientifique Kelly Oakes. Elle réagit à une étude qui, parue dans Nature le 9 septembre, a aussitôt fait l’objet de titres un brin sensationnalistes dans certains médias trop pressés.

Le principal problème est que l’étude en question résulte de l’observation de seulement huit cerveaux de personnes décédées, sur une possibilité de 1800 «suspects», et que quatre d’entre eux montraient des signes de changements «similaires» à ceux qui souffrent de l’Alzheimer —et aucun n’était vraiment atteint d’Alzheimer.

Les chercheurs britanniques qui ont mené cette étude sont par contre partis d’une hypothèse réaliste. Jusqu’aux années 1980, des enfants de petite taille ont reçu des injections d’une hormone de croissance, extraite d’une glande du cerveau de donneurs décédés, donneurs qui se sont révélés par la suite être porteurs de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (CJ) —dont une variante serait plus tard connue sous le nom de maladie de la vache folle. La procédure médicale a été interdite en 1985 quand on a commencé à soupçonner des problèmes. Les huit personnes en question ont elles aussi eu la maladie, à cause de cette hormone, et sont mortes depuis, à des âges variant entre 36 et 51 ans.

Ces faits sont connus de la médecine —et de la justice— depuis longtemps, mais John Collinge et ses collègues du Collège universitaire de Londres ont voulu explorer un lien possible entre cette maladie et l’Alzheimer et ont effectivement découvert que six des huit cerveaux présentaient les plaques similaires à celles de l'Alzheimer, en dépit du fait qu’ils sont tous morts relativement jeunes. Les chercheurs ajoutent même qu’aucune de ces six personnes n’était porteuse d’un des gènes qui, depuis, ont été associés à un risque plus élevé d’Alzheimer.

Mais on est loin d’une preuve, réplique Kelly Oates, de même que d’autres chercheurs qui ont réagi depuis. D’une part, le fait que ces personnes soient mortes de la maladie de CJ empêche de savoir si elles auraient bel et bien développé l’Alzheimer. D’autre part, ces six personnes ont beau avoir les plaques amyloïdes qui constituent l’une des signatures de l’Alzheimer, il leur manque l'autre signature, les amas de protéines tau dans le cerveau. Même la Société Alzheimer britannique a réagi le 9 septembre par un fort scepticisme.

Enfin, même s’il s’avérait qu’il s’agit bien d’Alzheimer transmis, il a fallu en passer par une procédure médicale abolie depuis 30 ans —jamais cette hormone, qui n’existe que dans le cerveau, n’aurait pu se transmettre par un échange sexuel ou un don de sang.

En théorie, suggère notamment le neurologue allemand Mathias Jucker, il serait possible d’en avoir le coeur net en injectant à des souris cette hormone contaminée. Ou du moins ce qui en reste, puisque la procédure remonte à 30 ans et que les échantillons vont un jour manquer.