La grande messe des négociations climatiques approche et on oublie qu’en marge de la rencontre des chefs d’État et ministres de l’Environnement, la société civile se prépare aussi à faire entendre son message. Des organismes environnementaux et sociaux du monde entier se donnent rendez-vous à Paris. Parmi eux, le collectif COP21 des YMCA du Québec.

Depuis 2008, les YMCA du Québec offrent l’opportunité à des individus ou des groupes issus de la société civile québécoise de former des collectifs pour participer aux Forums mondiaux sociaux ou aux grandes rencontres environnementales. « Notre objectif, dépeint Caterina Milani, coordinatrice des initiatives internationales, est de créer des collectifs inclusifs, de contribuer au renforcement de la société civile. »

Une quarantaine de personnes ont rejoint le collectif COP21, à titre individuel ou au nom d’organismes. Geneviève-Gaël Vanasse y représentera Oxfam-Québec où elle est coordonnatrice en éducation et mobilisation du public et pour qui « mon travail, c’est ma vocation. C’est intrinsèque, c’est viscéral ! » Pédagogue de formation, elle a fait un séjour de coopération internationale au Burkina Faso pendant son doctorat. Elle est restée imprégnée de l’image d’un jeune homme courbé dans une décharge à chercher quelque nourriture au côté des vautours. Depuis, elle n’a qu’un objectif en tête : construire un monde meilleur. Elle était au Forum mondial social de Tunis en mars 2015 et parce que les populations vulnérables seront celles qui souffriront le plus des changements climatiques, elle sera à la COP21.

Anne Céline Guyon, quant à elle, y va en tant que présidente de la fondation Coule pas chez nous. Le « nous » est inclusif et planétaire, car l’organisme a élargi son message d’opposition au projet Énergie Est à celui d’une planète en transition énergétique qui doit abandonner les hydrocarbures pour se tourner vers un bouquet d’énergies alternatives. C’est ce message de la société civile québécoise qu’elle veut porter à Paris.

Faire fléchir les gouvernements

Tournant le dos à l’apathie, elles sont toutes deux en mode solution. « Ne soyez pas spectateurs du monde dans lequel vous êtes, mais acteurs, clame d’ailleurs Geneviève-Gaël Vanasse. Les solutions existent et plus les gens sont indignés, plus ils croient aux solutions et plus ils se font entendre. La COP21, c’est l’endroit pour se faire entendre de nos dirigeants. »

« C’est très important d’occuper cet espace de parole dans la pluralité des voix internationales », approuve Lucie Sauvé, directrice du Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté à l’Université du Québec à Montréal. La mobilisation sociale est indispensable pour s’opposer aux décisions politiques qui ne servent pas le bien commun et notamment pour contrer l’inertie des gouvernements captifs d’une économie centrée sur l’extraction des ressources naturelles. « On vit dans un tel système de gouvernance, observe Lucie Sauvé, que c’est à la société civile que revient la lourde tâche de dénoncer les décisions politico-économiques axées sur l’industrie extractive. Les mouvements de masse créent une gêne chez les décideurs et induisent des changements. »

« C’est la réunion de tous les mouvements de la société civile qui va, j’espère, infléchir les décisions des décideurs », poursuit dans la même veine Geneviève-Gaël Vanasse. Plus que des manifestations pour le climat, ces mouvements de la société civile sont une démonstration d’écocitoyenneté, « une citoyenneté lucide, critique, informée, capable de participer au débat public, de s’engager de façon créative », énonce Lucie Sauvé.

De la préparation à l’action

Pour porter un coup décisif, les mouvements doivent se préparer et planifier leurs activités sur place. Les membres du collectif COP21 ont reçu des formations sur les changements climatiques et la santé, la justice climatique, le déroulement des négociations… Sur place, ils animeront huit activités. « Je donne un atelier le 6 décembre où je vais présenter la fondation Coule pas chez nous comme exemple d’un mouvement d’opposition qui a fait ses preuves au Québec », annonce Anne Céline Guyon.

Geneviève-Gaël Vanasse donnera pour sa part une conférence sur la pédagogie de l’espoir. Elle expliquera comment renforcer la capacité d’un groupe à lutter contre l’apathie en donnant des exemples d’actions positives qui peuvent influencer une décision politique comme des rencontres avec un député ou des pétitions.

Des séances d’information permettront aux membres du collectif qui assisteront aux activités officielles de la COP21 d’informer leurs collègues du déroulement des négociations. D’autres activités plus informelles se mettront en place au gré des rencontres et selon l’évolution des négociations. « La société civile doit adapter ses actions en fonction de l’avance des négociations », commente Anne Céline Guyon.

Sur place, ils créeront aussi des liens et alimenteront leur réflexion. « Quand on participe ensemble à un évènement international, on s’enrichit mutuellement. On est sur le même diapason », affirme Geneviève-Gaël Vanasse. « Dans ce mouvement à Paris, il y a beaucoup d’apprentissage, estime Lucie Sauvé. Les jeunes sont appelés à y développer leur argumentaire et à renforcer leurs moyens d’action pour leur retour ici ». Car chacun se doute que la COP21 ne débouchera pas sur des décisions déterminantes et que la mobilisation citoyenne devra se poursuivre. Geneviève-Gaël Vanasse part à la COP21 en pensant déjà au Sommet de la jeunesse d’Oxfam-Québec qui aura lieu en août 2016 : 300 jeunes de 11 pays y discuteront des enjeux climatiques et sociaux et rédigeront un manifeste à l’intention des décideurs. À la COP21, elle sera donc en mode promotion et recrutement de jeunes pour ce sommet. C’est ça, l’engagement créatif de l’écocitoyenneté auquel faisait référence la chercheuse Lucie Sauvé.

À quatre semaines de la COP21 et après l’élection du gouvernement libéral, c’est l’effervescence dans les rangs du collectif. « Avant ces élections, les gens ne savaient s’ils partiraient sous un gouvernement Harper ou un autre. Avec l’attitude d’ouverture adoptée par le nouveau gouvernement, les membres du collectif sont en feu » , relate Caterina Milani. Ça, c’était avant les attentats de Paris, car maintenant, le doute plane sur la tenue de ces rencontres, périphériques à la COP21, et pourtant susceptibles d’en influencer l’issue. Or comme l’observe Anne Céline Guyon, « si les activités de la société civile sont annulées, ça arrange les gouvernements et ils ont un bon prétexte pour le faire ».

À propos de l'auteure

Valérie Levée est docteure en biologie végétale, mais après 14 ans à explorer le génome des plantes, elle a troqué les pipettes pour la plume pour se lancer en journalisme scientifique. Suivant quelques formations en vulgarisation et journalisme scientifique, elle a exploré son nouveau métier, en a découvert les ficelles, élargi ses horizons scientifiques et s’est forgée une place dans le milieu. Elle écrit pour plusieurs magazines (Quatre-Temps, Québec-Oiseaux, Formes, Plan…) et vit pleinement de sa plume de journaliste scientifique indépendante.