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L’enzyme et son essai clinique désastreux

Agence Science-Presse, le 21 janvier 2016, 17h27

(Agence Science-Presse) – L’essai clinique qui, en France, s’est soldé par un mort et cinq personnes hospitalisées, certaines avec des troubles neurologiques, a créé l’émoi. Mais il a laissé encore plus de zones d’ombre : quelle était cette mystérieuse molécule ?

L’enzyme et son essai clinique désastreux
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L’enzyme et son essai clinique désastreux L’enzyme et son essai clinique désastreux

Non seulement a-t-il fallu quatre jours, après l’interruption des essais le 11 janvier, pour qu’un premier communiqué de presse ne soit publié, mais tout ce qu’on sait, c’est qu’un dossier d’essai clinique avait été déposé en 2015 pour « une nouvelle molécule » produite par la compagnie portugaise Bial et visant à traiter « les troubles de l’humeur et de l’anxiété et les troubles moteurs liés à des maladies neurodégénératives ».

Le journal Le Monde lui donne le nom de BIA-10-2474, mais ni les autorités françaises ni la compagnie n’ont donné de détails, au-delà du fait qu’il s’agit d’une enzyme de type FAAH (hydrolase des amides d’acides gras). Ce type d’enzyme agit dans notre cerveau sur des neurotransmetteurs appelés endocannabinoïdes — un mot qui explique que certains reportages initiaux aient dit, à tort, que le médicament contenait du cannabis.

Mais ces détails ne disent rien aux experts sur la façon dont le médicament expérimental agit, et ils sont nombreux, à travers le monde, à avoir tenté depuis le 15 janvier de déduire ce qui a pu mal tourner. Il n’existe apparemment pas de trace d’une « BIA-10-2474 » dans la littérature médicale, ce qui signifie que la compagnie pharmaceutique en garde jalousement le secret.

Une centaine de personnes ont participé à cet essai clinique depuis l’été dernier. De tels accidents sont très rares — mais le voile de silence l’est tout autant.