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Le devoir de mémoire de Polytechnique

Isabelle Burgun, le 11 février 2016, 8h25

(Agence Science-Presse) Pour souligner les 25 ans de la tragédie qui s’est déroulée dans ses murs, où 14 jeunes femmes ont perdu la vie sous les balles, l’École Polytechnique de Montréal a lancé une bourse destinée aux jeunes étudiantes en génie, pour les encourager à poursuivre leurs études jusqu’à la maîtrise et au doctorat. Rencontre avec la première récipiendaire de l’Ordre de la rose blanche, Tara Gholami.

Le devoir de mémoire de Polytechnique
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Le devoir de mémoire de Polytechnique Le devoir de mémoire de Polytechnique

Au nom de la Rose blanche

Chaque année, le 6 décembre, 14 roses blanches sont déposées près de la plaque commémorative de Polytechnique en mémoire des victimes, une façon pour l’institution de se souvenir de cette tragédie. « Au fil des ans, la rose blanche est devenue l’emblème de nos activités de commémoration de la tragédie du 6 décembre. La rose blanche exprime la pureté, la sincérité des sentiments et la paix. L’Ordre de la rose blanche désigne à la fois la distinction (la bourse) et le groupe de personnes qui l’auront reçu », précise la conseillère principale du Service des communications et des relations publiques, Annie Touchette.

L’Ordre de la rose blanche

Portrait de Tara Gholami sur le site de l’Ordre de la rose blanche

Agence Science-Presse (ASP) — Que représente pour vous cette bourse, l’Ordre de la rose blanche ?

Tara Gholami (TG) – Elle représente l’espoir, celui qui, en tant qu’êtres humains, nous sommes capables de répondre de manière positive à une tragédie. Les membres de l’organisation de l’Ordre de la rose blanche ont tous été personnellement, ou comme communauté, affectés par la tragédie de décembre 1989. Plutôt que de répondre avec cynisme, haine et impuissance, ils ont plutôt opté pour une sensibilisation à cet événement par la générosité et la gentillesse. En ces périodes où les médias se concentrent beaucoup sur ce qui ne va pas, il importe pour nous tous de réaliser que nous pouvons bâtir un meilleur monde par la bonté.

ASP — Connaissiez-vous la tragédie du 6 décembre 1989 avant de recevoir ce prix ?

TG — J’ai découvert cette tragédie lorsque je me suis renseignée sur la Bourse d’études de l’Ordre de la rose blanche. J’ai presque 25 ans et le 25e anniversaire de cet événement m’a fait réaliser jusqu’à quel point le monde d’alors, à l’époque où je suis née, pouvait entretenir des pensées négatives sur les femmes ! Même si je sais que cela continue encore aujourd’hui, nous devons poursuivre cette bataille et continuer à progresser. Je suis sûre qu’au cours de ma vie, je verrai le jour où aucun homme et aucune femme ne doutera de l’importance et du potentiel des femmes ingénieures.

ASP — Quel est le moment important de votre formation et de votre cheminement qui vous a persuadé d’embrasser la carrière d’ingénieure ?

TG — J’ai toujours voulais être ingénieure. Mes parents ont joué une grande part dans ce choix. Ma mère est un modèle pour moi : elle est une incroyable ingénieure et en même temps, une mère géniale et une femme d’une grande compassion. Elle m’a fait réaliser, inconsciemment, que le génie et la féminité ne s’excluent pas et que j’étais capable de poursuivre, sans jamais me questionner, mes études et de développer mes habiletés en mathématiques et en sciences. De la même manière, mon père m’a toujours fait participer, comme il l’aurait fait si j’avais été son fils, à tous ses projets à la maison. C’est cette exposition à la construction de diverses choses, combinée à la créativité et à la pensée critique qui m’a vraiment aidé à réaliser combien une carrière en génie pouvait être source de joie ! Après avoir obtenu un bac en sciences en génie mécanique de l’Université de Calgary, j’étudie maintenant à la maîtrise en génie mécanique à l’Université de Stanford, aux États-Unis. Je me passionne pour la technologie en lien avec l’industrie médicale et j’espère commencer à travailler pour une compagnie biomédicale après l’obtention de mon diplôme.

ASP — Pourquoi est-ce important d’avoir plus de femmes ingénieures ? Pensez-vous que vous avez une sensibilité différente pour exercer cette profession, par exemple ?

TG – Pour la diversité d’abord. Les employés qui travaillent dans des environnements où il y a la parité entre hommes et femmes tendent à être plus productifs et à aimer davantage leur emploi. Et parce que les femmes augmentent le niveau de créativité des solutions recherchées en ingénierie. Je crois aussi que l’instinct de compassion des femmes résultera en de nouvelles solutions d’ingénierie qui seront dans leur ensemble plus orientées vers l’environnement, les communautés et l’humanité.

ASP — Que diriez-vous à une jeune fille qui hésiterait à suivre votre voie ?

TG — D’abord et surtout, je lui dirais qu’elle ne doit pas une seconde renoncer à sa féminité pour devenir une brillante ingénieure. J’aimerais lui expliquer que je m’accomplis pleinement en suivant cette voie : parce que cela me donne l’opportunité et la capacité technique de faire une différence dans le monde, parce que l’ingénierie me permet de combiner ma créativité et mes habiletés techniques et parce que j’éprouve une grande joie à me dire que j’ai quelque chose à voir dans la conception d’un produit quand je le regarde. Enfin, pour couronner le tout, être ingénieure me donne de la confiance, car je sais que je peux surmonter les défis et réaliser les idées que me viennent à l’esprit.

En 2016, seulement une étudiante québécoise sur 6 en génie, au premier cycle, est une femme (17 %).