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Non, Monsanto n'est pas derrière le virus Zika

Agence Science-Presse, le 17 février 2016, 10h55

(Agence Science-Presse) Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l’histoire d’un insecticide fabriqué par Monsanto qui serait responsable du virus Zika, ne tient pas la route. La première raison est que Monsanto n’a jamais fabriqué l'insecticide en question.

Le moustique Aedes aegypti, celui par qui le virus arrive (image: Wikipedia Commons)
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Le moustique Aedes aegypti, celui par qui le virus arrive (image: Wikipedia Commons)

Mais une autre des choses à signaler en arrière-plan de cette histoire est la façon dont l’information circule: bien que cette théorie soit née le 9 février et qu’il n’ait fallu que deux jours à des journalistes et des blogueurs pour démontrer qu’elle ne passait pas la rampe, on continue de voir, une semaine plus tard, sur le Web francophone et anglophone, des textes qui reprennent l’histoire sans faire état des remises en question.

Qu’est-ce qui cause au Brésil plus de 4000 cas (présumés) de microcéphalie depuis octobre —soit des enfants nés avec des crânes plus petits que la normale? Le lien le plus solide veut qu’il s’agisse du virus Zika, mais comme la preuve scientifique reste à faire, et qu’il pourrait s’écouler des semaines avant qu’elle ne soit faite, Internet a vu fleurir les théories de toutes sortes. L’une d’elles surnage : le pyriproxyfène. Le 9 février en Argentine, le groupe militant Reduas, citant «des médecins argentins», a accusé cet insecticide.

En soi, l’idée qu’un polluant puisse être responsable de malformations ou de retards de développement chez le foetus n’a rien d’absurde: le mercure et les perturbateurs endocriniens ont fait les manchettes dans le passé. Mais dans ce cas-ci, l’hypothèse souffre de plusieurs failles :

  • Le pyriproxyfène agit en bloquant l’hormone de croissance de la larve, celle qui lui permet d’éclore pour se transformer en moustique —un processus de toute évidence absent chez l’humain.
  • Cet insecticide (plus exactement, un larvicide) est utilisé depuis des décennies. Il a donc fait l’objet de multiples études d’impact, au Brésil, en Europe et aux États-Unis, et une épidémie de microcéphalie ne serait jamais passé inaperçue.
  • Entre autres choses, des études ont constaté qu’il était rapidement absorbé par notre système gastro-intestinal et évacué par l’urine.
  • D'autres études sur des rats et des souris soumis à des doses supérieures à celles auxquelles un humain pourrait être exposé (100 milligrammes par kilo par jour) n’ont montré aucun impact sur le système reproducteur ou le développement de l’animal.
  • Même ainsi, la dose maximale qui aurait peut-être pu se retrouver dans l’eau potable de certaines régions du Brésil est 300 fois plus faible que la norme recommandée par l’Organisation mondiale de la santé.
  • Le ministère brésilien de la Santé a publié un communiqué cette semaine soulignant l’absence de corrélation entre les régions où l’insecticide a été répandu et celles où surviennent les cas de microcéphalie.
  • Avant le Brésil, les îles françaises de Polynésie, dans le Pacifique Sud, avaient été victimes d’une épidémie de microcéphalie en 2013-2014, sans pourtant avoir été le théâtre d’épandage de cet insecticide.
  • À l’inverse, la piste du virus se renforce : des scientifiques ont observé son empreinte dans le placenta de certaines mères au Brésil, et cette semaine, dans le New England Journal of Medicine, des chercheurs européens annoncent avoir identifié cette empreinte dans le cerveau d’un foetus avorté qui était atteint de microcéphalie. Il pourrait s’agir d’une coïncidence —mais l’hypothèse du lien entre Zika et microcéphalie devient de plus en plus solide.

Accessoirement, le groupe argentin Reduas s’est aussi fait connaître en 2015 pour avoir répandu l’idée que des tampons hygiéniques étaient imprégnés d’un herbicide, le glyphosate —produit de Monsanto.

Le pyriproxyfène est produit par la compagnie japonaise Sumitomo Chemical, une compagnie indépendante de l’américaine Monsanto, dont elle est le partenaire et distributeur au Japon et au Brésil.

4 commentaires

Portrait de Paul Pegaz

Peut-être que la relation entre insecticides et moustiques serait du même ordre que celles liées
aux antibiotiques, résistances et mutations ? Mais les articles du jour « Les régulateurs américains ont donné leur accord pour un lâcher test de moustiques génétiquement modifiés contre l'épidémie »
mettent en avant une autre stratégie développée pour circonscrire ce genre d'épidémie. La société Oxitec y est citée et ses recherches et expérimentations ne datent pas d'aujourd'hui. Cette stratégie a été envisagée pour lutter contre plusieurs maladies tropicales, comme la malaria et la dengue, qui se transmettent par les piqûres de moustiques. On y apprend que des tests ont eu lieu en 2011 à Juazeiro, dans l’État du nord-est du Brésil et bien qu'une réduction de plus de 80 % de la population de moustiques sauvages soit « constatée » ou « évaluée » le manque de recul et la prise de risque semble poser problème aux vues d'autres informations liées. @infogm 8 février 2012 « International – Des moustiques OGM « stériles » qui se reproduisent... » (Ils ont déjà expérimenté ces lâchers massifs de moustiques GM en pleine nature, dans les îles Caïmans, en Malaisie et au Brésil) ou @lemonde 30.07.2014 « Le premier élevage à grande échelle de moustiques OGM anti-dengue ouvre au Brésil ». Les lieus « d'expérimentations » et ceux de l'épidémie en cours restent à évaluer.

Portrait de Zeon

Bien des précisions apportées par cet article sont judicieuses, en cette période de haine instinctive (mais pas totalement imméritée) contre les fabricants de produits phytosanitaires.
Toutefois, le message de fond du rapport controversé contre le pyriproxifène mérite également un peu d'attention :
- les épidémies actuelles du zika en Colombie et dans le Pacifique n'auraient apparemment pas montré d'incidence sur les microcéphalies ou autres désordres développementaux. Alors, est-ce vrai, et si oui, quelles conclusions en tirer ?
- Le lien entre zika et microcéphalie n'est pas - et ne pourra que difficilement - être attesté clairement et rapidement ( http://www.nature.com/news/proving-zika-link-to-birth-defects-poses-huge-challenge-1.19330 ). Nous en sommes (et resterons encore quelques temps) à devoir nous limiter à l'incertitude, et donc aux mesures de précautions !
- Ainsi, faute d'avoir de "coupable" clair, il reste sage de ne pas se fixer exclusivement sur le zika, mais considérer également les pesticides (ou tout autre élément suspect) ! Si l'on prend des précautions contre le zika, le coupable le plus probable à ce jour, pourquoi ne pas le faire contre certains pesticides, dont les effets et synergies sont pratiquement inévaluables ?

Enfin, a-t-on considéré une seule seconde l'impact à moyen terme de cet épandage massif de pesticides, visant d'abord à rassurer le public des JO de Rio ? ... Oui, d'ici la fin de l'année, la pression sur les moustiques aura été suffisamment énorme pour que des résistances se soient développées. Et ensuite ? On en prend d'autres et on recommence ?

L'article du groupe Reduas est agressif et plutôt mal documenté Mais il soulève des questions qu'il s'agit de ne pas négliger, aussi peu fiable ce rapport puisse-t-il être.

Portrait de asp

Merci pour ces remises en question tout à fait à propos. En ce qui concerne le lien **possible** entre Zika et microcéphalie ou problèmes neurologiques en Polynésie française, notez ceci et ceci. De décembre 2013, ceci.

Portrait de asp

[ Ajout 18 février ] L'émission On The Media critique la rapidité avec laquelle des médias et sites web ont repris sans questionner cette histoire d'un insecticide de Monsanto.

Pourquoi tant de gens veulent-ils croire que le virus Zika est le résultat d’un complot?, demande Wired. Parce que nos cerveaux sont programmés pour croire.