Comment démontrer que l’agriculture a été inventée à deux époques et par deux groupes différents ? Les fouilles archéologiques ont longtemps été le seul outil disponible, mais toute l’attention se tourne à présent vers la génétique.

Les génomes de populations qui ont apporté l’agriculture en Europe et en Asie révèlent en effet deux familles distinctes. C’est ce qu’affirme une équipe dirigée par deux généticiens des populations de l’Université Harvard, qui a publié le 17 juin sur BioRxiv. Leur étude porte sur 44 génomes prélevés sur des squelettes du Moyen-Orient, vieux de 3500 à 14 000 ans. Ils ont découvert suffisamment de différences entre les populations vivant de part et d’autres des monts Zagros, dans l’Iran actuel, pour étayer l’hypothèse des archéologues. Ces derniers soutiennent depuis longtemps l’existence de deux traditions : l'une axée sur les céréales et l’élevage de la chèvre, l’autre axée sur l’orge et le blé. Les deux groupes auraient également migré vers le reste de la planète avec des outils agricoles distincts. Il faudra beaucoup plus que ces 44 génomes pour avoir un portrait global des migrations du Moyen-Orient vers l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Mais déjà, pour les archéologues et les historiens qui en débattent depuis des générations, ces données sont l’équivalent d’un trésor longtemps enfoui.