Un congrès sur le climat et la santé que le Centre de contrôle des maladies (CDC) devait tenir en février : annulé. Les scientifiques du ministère de l’Agriculture : temporairement interdits de parole. Les dépenses de l’Agence de protection de l’environnement : temporairement gelées.

Climat et santé

La première nouvelle n’est pas directement le fruit de l’administration Trump : c’est en décembre que le CDC a commencé à prévenir les participants que l’événement serait reporté, selon le magazine E&E News. Le 9 janvier, des participants inscrits ont été prévenus par courriel. Le congrès, qui devait faire le point sur « l’état de la science sur le climat et la santé », s’adressait aux responsables de la santé et aux chercheurs. Plusieurs ont été prompts à conclure à un lien  entre cette annulation et la crainte que l’événement n’entre en conflit avec le nouveau gouvernement mais dans un communiqué publié lundi, le CDC n’a donné aucune explication.

La recherche en agriculture

La deuxième nouvelle émane d’une directive reçue lundi par les 2000 scientifiques et autres employés du Service de la recherche en agriculture, au ministère de l’Agriculture et qui semble un écho des directives de l’ère Harper au Canada : « dès maintenant et jusqu’à nouvel ordre, le Service ne publiera aucun document public », a écrit la directrice Sharon Drumm dans un courriel obtenu par Buzzfeed. « Ceci inclut, mais pas exclusivement, les communiqués de presse, les photos, les documents explicatifs, les fils de nouvelles et le contenu des médias sociaux. » Le nouveau ministre de l’Agriculture, Sonny Perdue, a déjà affiché ses convictions climatosceptiques.

En fin de journée mardi toutefois, un communiqué du ministère de l'Agriculture désavouait l'ordre. « Ce courriel interne a été publié sans l'appui de la direction du ministère, et avant que des lignes directrices n'aient été publiées. » En soirée, un courriel envoyé aux employés confirmait que la directive originale était suspendue.

Protection de l’environnement

La troisième nouvelle concerne l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Le magazine Pro Publica a cité lundi soir un courriel échangé entre des employés :

La nouvelle administration de l’EPA a demandé que tout contrat ou subvention soit temporairement suspendu. Cette décision est effective immédiatement. Jusqu’à ce que nous recevions des clarifications, ceci inclut les assignations pour les employés.

Interrogé lundi par Pro Publica, l’économiste Myron Ebell, qui dirige l’équipe de transition de l’EPA — et qui a été un des chefs de file du mouvement climatosceptique — a confirmé l’information, mais affirmé qu’il s’agissait d’un processus propre à toute transition. « C’est peut-être un peu plus large que lors de certaines administrations précédentes », a-t-il concédé.

Le Huffington Post affirme que les employés auraient eux aussi reçu pour instructions de ne pas en parler à quiconque à l’extérieur de l’agence.

Mardi soir, Reuters annonçait que la page consacrée aux changements climatiques allait devoir être retirée du site de l'EPA — cette page, entretenue par le service des communications, met en valeur les recherches réalisées au sein de l'EPA et des données récentes sur le climat. Mercredi après-midi, cette directive aussi était mise sur la glace. Il est toutefois possible que ce ne soit que partie remise: le porte-parole de l'équipe de transition de l'EPA, Doug Ericksen, un autre climatosceptique, a déclaré mardi: « nous regardons comment nettoyer » la section du site sur le climat avant de la republier.

L’impact du gel des contrats quant à lui, restait difficile à estimer mardi : il pourrait s’agir uniquement des nouveaux contrats, ou de la totalité des contrats fédéraux en cours — totalisant 6,4 milliards $ : entretien de dépôts de déchets toxiques, vérification de la qualité de l’eau ou de l’air, remise en état d’un ancien site industriel, etc. Le budget total de l’EPA pour 2016 était de 8,6 milliards $.

La personne pressentie pour diriger l’EPA, Scott Pruitt, est un juriste de l’Oklahoma qui, au nom de l’État de l’Oklahoma, a déjà poursuivi l’EPA pour ses normes antipollution. Il est lui aussi climatosceptique.

Un « plan d’action pour l’agence » rédigé par Myron Ebell pendant la période de transition circule sur les réseaux depuis quelques jours. On y lit cette perle qui risque de définir bien des conflits à venir :

L’Agence de protection de l’environnement ne doit pas utiliser la science pour guider ses politiques réglementaires, mais utiliser ses politiques réglementaires pour diriger la science.

 

Mise à jour 24 janvier 22h: la mise au point de la direction du ministère de l'Agriculture et le retrait de la page de l'EPA sur le climat.

Mise à jour 25 janvier, 21h: la page de l'EPA ne sera pas retirée tout de suite et la déclaration d'Ericksen.

Mise à jour 26 janvier, 8h: Réminiscence des années 2000, lorsqu'on avait commencé, sous l'administration Bush, à entendre l'expression « guerre républicaine à la science », l'Associated Press a révélé mercredi soir que les études et données scientifiques de l'EPA déjà en ligne sur le site faisaient l'objet d'une « révision » par le personnel politique de l'agence. Selon le porte-parole Doug Ericksen, les études en cours de publication font l'objet d'un moratoire jusqu'à vendredi, en attendant de décider d'une politique pour les études scientifiques à venir. L'EPA possède un document de 14 sur l'intégrité scientifique,qui stipule que les études doivent être rendues publiques, « sans ingérence politique ».

Mise à jour 27 janvier, 10h: Le congrès sur le climat et la santé annulé par le CDC aura lieu, à l'initiative de l'Association américaine pour la santé publique et du groupe piloté par l'ancien vice-président Al Gore, le Climate Reality Project. Autre symbole de résistance, celui-là plutôt inattendu: les conservateurs des parcs nationaux, ou plutôt, les internautes qui ont créé des comptes en leur nom.

Du côté de l'EPA toutefois, le portrait se précise. En entrevue jeudi, Myron Ebell, l'ex-chef de l'équipe de transition, affirme que l'intention est de couper de façon « significative » dans le personnel (qui totalise 15 000 personnes) et le budget (qui est de 8 milliards). Il n'a pas donné de détails sur ce que serait la politique, mais interrogé sur ce qu'il aimerait voir, Ebell a répondu que de couper le personnel de moitié serait un bon début.

Mise à jour 27 janvier, 22h: Au tour du Département d'État. Sur le site web de ce ministère dont va hériter l'ex-PDG de la pétrolière Exxon, plusieurs documents sur les changements climatiques ont été retirés ces derniers jours, et ce n'est pas un simple déménagement de pages liées à l'administration précédente, comme sur le site de la Maison-Blanche.