Vient-on de découvrir la plus ancienne trace de vie sur Terre ? Tout le monde n’est pas convaincu. Il existe même un terme en géologie : « fossile douteux », ou dubiofossil en anglais.

La nouvelle a pourtant tout pour réjouir les chasseurs de « notre plus ancien ancêtre » : c’est-à-dire l’annonce, mercredi, de traces microscopiques d’au moins 3,77 milliards d’années (les plus optimistes vont jusqu’à 4,29 milliards), découvertes dans le nord du Québec, à quelques kilomètres de la baie d’Hudson, dans une formation géologique appelée Nuvvuagittuq. L’étude est parue le même jour dans la revue Nature.

Les sceptiques allèguent pour leur part que les tubes ou filaments décrits seraient trop gros pour pouvoir être attribués à des bactéries primitives comme celles qui auraient pu exister à l’époque. D’autre part, déduire à quoi pouvaient ressembler il y a 4 milliards d’années des empreintes observées aujourd’hui est hautement spéculatif, affirme dans le New Scientist le biologiste David Emerson.

Mais de telles critiques étaient inévitables : depuis 25 ans, la plupart des découvertes similaires d’une nouvelle « plus ancienne forme de vie » ont été accueillies avec prudence. Non sans raison : les experts rappellent par exemple l’annonce, en 1993, d’empreintes laissées par des bactéries dans des roches californiennes vieilles de 3,46 milliards d’années. La géologie les considère aujourd’hui comme de simples structures minérales aux formes inhabituelles.

Toutefois, paléontologues et géologues en sont bel et bien venus à accepter le fait que la vie microbienne ait pu laisser des traces il y a au moins 3,4 milliards d’années. Dès lors, qu’y a-t-il de spécial dans la découverte de cette semaine ? D’une part, le nord du Québec est l’une des rares régions du monde — avec le Groenland et l’Antarctique — où on peut trouver des roches presque aussi vieilles que la Terre elle-même. D’autre part, la triade d’empreintes décrite dans Nature par l’équipe dirigée par Matthew Dodd et Dominic Papineau, du Collège universitaire de Londres : des tubes ou filaments dans la roche qui rappellent les traces laissées par les bactéries vivant près des cheminées hydrothermales sous-marines ; du fer, dont se nourrissent ces bactéries ; et des empreintes attribuées aux « ancres » avec lesquelles les bactéries s’aggripent à la roche. Un seul de ces éléments pourrait avoir une origine géologique, leur accumulation ne peut s’expliquer que par la biologie, assurent les chercheurs.