Les scientifiques perdent-ils leur crédibilité lorsqu’ils interviennent sur des enjeux politiques ? Une étude, jonglant avec un mélange de réel et de fiction, suggère que non.

À travers le monde, ça reste le gros obstacle : chaque effort pour inciter davantage de chercheurs à sortir de leur tour d’ivoire rencontre l’objection « ils vont perdre leur crédibilité ». C’est dans ce contexte que John Kotcher, de l’Université George Mason, a fait écouter à 1235 « cobayes » recrutés par Facebook un nommé David Wilson, tantôt présenté comme un météorologue de la télé, tantôt comme un climatologue. Tout dépendant des groupes, « Wilson » faisait des déclarations purement factuelles sur l’état du climat, ou plus politiques sur les actions à prendre. Résultat : le public le jugeait tout autant crédible, peu importe le rôle qu’il jouait. La question de savoir si ce public faisait la différence entre un fait scientifique et une opinion reste pendante, mais une chose est claire, écrivent Kotcher et ses collègues : une prise de position n’est pas perçue comme ayant un impact nécessairement négatif. Sans compter que, lorsqu’il faisait un appel à l’action pour le climat, « Wilson » était de toute façon perçu comme plus crédible... par les gens de gauche.

La question est à l’ordre du jour avec l’élection de Donald Trump — des scientifiques préparent une « Marche pour la science » le 22 avril —, mais elle l’était aussi sous le gouvernement canadien de Stephen Harper, et elle refait surface lorsqu’un gouvernement est accusé de prendre des décisions sur l’environnement ou la santé sans s’appuyer sur des données probantes. « Les scientifiques pourraient avoir plus de flexibilité qu’ils ne l’imaginent » pour s’engager dans des débats publics, écrit Simon Donner, de l’Université de Colombie-Britannique, dans un commentaire accompagnant l’étude de Kotcher.