Il y a quelques années, on commençait à parler de gènes artificiels. Bientôt, des embryons artificiels ?

Pour être exact, il ne s’agirait pas tout à fait d’embryons mais des « entités symbiotiques humaines avec traits similaires aux embryons ». En termes clairs : des assemblages de cellules souches capables de croître pour — un jour, peut-être — devenir un organe, par exemple un coeur humain.

Pour l’instant, il est interdit dans la plupart des pays, dont les États-Unis, de faire croître un embryon en éprouvette pendant plus de 14 jours. Autrement dit, toutes les expériences sur des cellules souches embryonnaires menées depuis deux décennies ne peuvent pas se poursuivre au-delà du seuil des 14 jours. En fait, quand bien même l’auraient-ils voulu jusqu’ici, les chercheurs auraient été incapables de faire survivre un embryon en éprouvette plus d’une semaine. La « règle des 14 jours » était donc un non-problème.

Mais depuis deux ans, des observations laissent croire qu’on serait sur le point de découvrir comment percer cette barrière. Et le 21 mars, dans la revue en ligne eLife, quatre généticiens néerlandais et américains posent tout haut la question : il serait temps, disent-ils, de réfléchir aux problèmes éthiques posés par l’extension de vie « d’embryons synthétiques » au-delà des 14 jours.

Le mot « synthétique » est utilisé parce que même si les biologistes s’avéraient capables de les faire croître en laboratoire un nombre indéfini de semaines, ces cellules n’en resteraient pas moins des embryons non viables : leur croissance a été lancée par un courant électrique et non par la rencontre d’un ovule et d’un spermatozoïde.

Mais ils posent aux éthiciens des problème inédits. Si ces assemblages de cellules ont des caractéristiques « similaires à un embryon » (embryo-like features), quel statut faut-il leur donner ? À partir de quel seuil doit-on cesser de parler d’un assemblage de cellules ou d’un « préembryon » ? Ou encore : s’il s’agissait non pas d’un coeur qu’on serait parvenu à faire croître en éprouvette mais d’un cerveau primitif, créé dans le but d’examiner l’évolution des maladies dégénératives, ce cerveau pourrait-il ressentir de la douleur ?

Jusqu’ici, le seuil des 14 jours était jugé commode parce qu’il s’agit du moment où un embryon humain — un vrai — développe sa première « structure » clairement identifiable : une ligne de cellules qui marquent pour la première fois l’axe central du futur corps, d’où se développera la colonne vertébrale.