Au fil des années, on a appris que les industries du tabac et du pétrole avaient utilisé (et continuent d’utiliser) différentes tactiques pour influencer le contenu des médias. L’une de ces tactiques vient d’être pour la première fois associée à Coca-Cola : une série de conférences destinées aux journalistes, sur les causes et les conséquences de l’obésité.

Le lobby du sucre est activement engagé dans une campagne pour convaincre le public et les décideurs politiques que le sucre n’est pas responsable de l’épidémie d’obésité, mais qu’il faut plutôt regarder du côté du gras ou de l’absence d’exercice physique. Or, une enquête du British Medical Journal (BMJ) a mis à jour des documents de 2004, qui révèlent une série de conférences sur ce thème, financées par Coca-Cola dans des universités américaines, à l’intention des journalistes locaux. Et à en juger par les documents, les universitaires impliqués dans l’organisation de ces conférences n’avaient pas été transparents sur le financement. On cite par exemple le Global Energy Balance Network, un « partenariat » entre Coca-Cola et l’Université du Colorado créé dans les années 2000 grâce à un don d’un million de dollars censé servir à « combattre la crise de l’obésité ». La controverse autour de son financement avait conduit à sa fermeture en 2015.

Tout cela relevait d’une stratégie de relations publiques semblable à celle employée pendant les décennies précédentes par le lobby du tabac et dont le but était d’obtenir une couverture médiatique favorable, afin de contrer les messages négatifs émanant des études scientifiques. Des années 1950 jusqu’aux années 1990, cela avait pris la forme de lettres d’opinions d’autres scientifiques, qui n’avaient généralement fait aucune étude dans le domaine, mais affirmaient néanmoins qu’il subsistait un doute sur le lien entre tabac et cancer. Du coup, on faisait directement ou indirectement pression sur les médias pour qu’ils continuent d’accorder un temps de parole égal au pour et au contre chaque fois qu’ils parlaient du lien entre tabac et cancer. Une stratégie qui a eu du succès pendant une trentaine d’années, et qui a continué ensuite d’être employée dans le dossier du climat.