David Naylor, médecin, chercheur et ancien président de l‘Université de Toronto déclarait en juin dernier, devant un parterre de 200 scientifiques, que le Canada n’était plus le leader en recherche qu’il était. « Notre compétitivité s’est érodée. Nous ne sommes plus la nation, petite, mais superstar, que nous pensons parfois être. »

Un constat partagé par les analystes qui se sont récemment penchés sur l’impact des coupures en science sous le gouvernement Harper. Ils ont en effet noté sans surprise un déclin de la recherche indépendante canadienne depuis 15 ans et une diminution de 35 % des fonds fédéraux qui la soutiennent, peut-on lire dans le rapport final du Comité consultatif sur l’examen du soutien fédéral à la science fondamentale, connu aussi sous le nom de Rapport Naylor. La proportion fédérale du financement n’atteindrait plus que 25 % du soutien au niveau universitaire — laissant les établissements assumer l’essentiel des coûts au détriment de l’enseignement et de la recherche elle-même.

Un article paru récemment dans la revue Nature rapporte aussi que le nombre de scientifiques canadiens travaillant en recherche fondamentale a de son côté chuté de 24 % à 1,6 % entre 2006 et 2015. Ces chiffres sont tirés d’une étude de l’Académie mondiale des jeunes scientifiques (Global Young Academy), une organisation internationale réunissant 200 chercheurs fondée en 2010 à Berlin dont la mission est de donner une voix aux jeunes scientifiques. 

Recueillis auprès de 1300 chercheurs canadiens et compilés par Julia Baum, biologiste de l’Université de Victoria, ces résultats démontrent que le déclin du financement à la recherche fondamentale aurait aussi eu un impact sur la communauté scientifique et sur la manière de faire la science au pays. « Depuis 2013, le nombre de chercheurs a augmenté de nouveau, mais le financement et les subventions n’ont pas suivi. Le Canada a été un pays fantastique pour faire de la recherche, mais ce n’est plus un choix de carrière viable pour les jeunes », commente la biologiste dans Nature.

L’écart de financement accumulé depuis toutes ces années aurait atteint 535 millions de dollars en 2015. Bien que le nouveau gouvernement libéral ait versé 76 millions de dollars additionnels l’année dernière dans les trois principaux fonds de recherche scientifique canadiens (nature, santé et sciences sociales), il n’aurait pas réinjecté de fonds supplémentaire en 2017 — un geste jugé peu commun et controversé, peut-on lire dans un article de cette même revue.  

Les auteurs du cette étude suggèrent qu’il serait nécessaire d’y investir en plus 459 millions de dollars pour la recherche fondamentale pour assurer un soutien similaire à celui des années avant Harper. Le Rapport Naylor, premier bilan émis depuis 40 ans sur le financement de la recherche canadienne, va dans le même sens.

Interrogée par Nature et par Ottawa Citizen, la ministre canadienne de la science Kirsty Duncan a souligné qu’elle soutenait la majorité des recommandations du rapport Naylor. Du côté du financement, elle soutient que de nombreux investissements ont été réalisés depuis 2 ans au sein des laboratoires canadiens de recherche, les subventions à la recherche et la science pour le climat. « Je ne peux défaire 10 ans de coupures en un budget, cela va prendre du temps », avance la ministre.

Les enjeux liés à la recherche au Canada dépasseraient cependant la simple question du financement, selon Evidence for Democracy qui rappelle la constante disparité des genres qui perdure à tous les niveaux au sein de la recherche canadienne, les femmes y étant encore moins représentées. Des éléments qui, pris ensemble, briment aussi le potentiel de la recherche canadienne, évoque l’organisme.