Tandis que l’Est du Canada connaît de fréquentes pluies, le Nord-Ouest canadien brûle : l’état d’urgence a été décrété en Colombie-Britannique alors que près de 220 feux de forêt ont poussé l’évacuation de plus de 10 000 personnes.

La province enregistre par ailleurs une vague de chaleur et de sécheresse exceptionnelle, ce qui a pour effet d’aggraver la situation. La Californie, aux États-Unis, qui connaît des records de températures – 50 °C à Palm Springs, vendredi dernier - est aussi aux prises avec des feux de forêt. Plus de 2000 pompiers s’activent actuellement à les combattre. 

Les feux de forêt alarment évidemment les autorités, mais interpellent également les scientifiques, qui tentent de minimiser les impacts et d’améliorer l’adaptation des populations aux changements climatiques, qui permettent à ces feux de proliférer. 

Dans un article du magazine New Scientist, David Bowman, chercheur en écologie de l’Université de la Tasmanie, propose de regarder du côté des aborigènes australiens, qui ont traditionnellement domestiqué les feux de forêt, pour apprendre à mieux les contrôler. 

Alors qu’aux États-Unis, certaines stratégies destinées à limiter les feux de forêt peuvent provoquer elles-mêmes des incendies — par exemple, celui de North Fork, déclenché en 2012 par le Service des forêts de l’État du Colorado qui avait entraîné la destruction de 20 habitations et la mort de 3 résidents —, les feux initiés par les aborigènes australiens sont de faible intensité et de petite taille, alternant des zones récemment brûlées ou non. 

Initiée afin de faire de la place à leurs habitations, chasser les proies ou régénérer des portions de prairie, la gestion des feux par les aborigènes présente deux avantages : elle réduit le risque de feux incontrôlés et diminue la taille des feux allumés par la foudre en limitant drastiquement les portions capables de s’enflammer lors des orages. 

Ces pratiques peuvent aussi s’adapter aux saisons, à la végétation et à la surface à brûler. Elles préservent la canopée, réduisent la quantité d’herbes inflammables et augmentent la biodiversité grâce à la présence de différents écosystèmes où prolifèrent divers animaux et plantes. Le peuple Kunei de la terre d’Arnhem, dans les territoires du nord australien, opère ainsi de petits brûlis sur les lignes de drainage afin de promouvoir l’habitat des kangourous.

Cette gestion proactive des feux constitue un héritage collectif qui pourrait être transmis et adapté en fonction des divers environnements, avance le chercheur. Il est actuellement en train de modéliser ces connaissances pour un projet de prévention des incendies, à Hawaï, qui profiterait à des gestionnaires américains. 

Alors que les changements climatiques mettent de plus en plus à risque de grandes portions de territoire, le savoir ancestral pourrait être l’une des armes les plus efficaces pour combattre les feux de forêt, conclut le chercheur. 

Quand la nature brûle 

L’homme manipule le feu depuis près de 790 000 ans, mais il ne l’a seulement,  il y a entre 50 000 et 100 000 ans. Les feux de forêt consument la végétation depuis qu’elle colonise la Terre. Ils jouent un rôle crucial, mais souvent ignoré dans la vie des écosystèmes, en permettant par exemple, aux graines des Séquoias géants de germer après leur passage. 

Quatre causes naturelles majeures sont pointées du doigt lorsque survient un feu de forêt : les éclairs, les éruptions volcaniques, les étincelles liées à la chute de pierre et la combustion spontanée. Les vagues de chaleur, la sécheresse et les cycles climatiques tels qu’El Niño, et les modèles météorologiques régionaux, augmentent considérablement les risques de feux et influencent le comportement de ceux-ci. 

Au Canada, 8 000 feux surviennent annuellement et provoquent la destruction de plus de 2 millions d’hectares. La foudre serait à l’origine de la moitié de ces brasiers et de 85 % des surfaces brûlées, sauf au Québec où 75 % des feux découleraient d’une activité humaine. 

Depuis le milieu des années 1980, la fonte des neiges, plus hâtive en raison du réchauffement climatique, contribue à l’augmentation et à la sévérité de la saison des feux de forêt dans l’ouest des États-Unis. En relâchant une grande quantité de CO2 dans l’atmosphère, les feux de forêt contribuent aussi aux changements climatiques. 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a livré, il y a 5 ans, une étude dont les conclusions démontraient que les incendies majeurs devraient se multiplier dans l’ouest des États-Unis et du Canada.