Si les résultats publiés cette semaine sur des embryons humains génétiquement modifiés sont bel et bien le signe d’une percée en génétique, sont-ils pour autant le signe avant-coureur de bébés conçus « sur mesure » ? On ne le saura pas avant au moins une décennie, et encore, on n’est même pas sûr d’avoir fait cette semaine un pas vers ce scénario inquiétant.

Comme l’ont souligné les journalistes spécialisés, trois éléments nouveaux distinguent cette recherche des précédentes : c’est une première aux États-Unis (la même expérience réussie, utilisant la technologie CRISPR, avait eu lieu trois fois en Chine, en 2015 et 2016) ; le nombre d’embryons modifiés dépasse la cinquantaine (contre moins d’une dizaine dans les expériences chinoises) ; et les chercheurs de l’Université des sciences et de la santé de l’Oregon ont limité le nombre d’erreurs transmises lorsque les cellules se divisent. Ce dernier point signifie qu’en théorie, il ne serait pas seulement possible de corriger chez l’embryon un gène responsable d’une maladie (ici, la cardiomyopathie hypertrophique), il serait surtout possible que cette correction s’étende sans faute à toutes les futures cellules du futur bébé.

C’est cette dernière nouveauté qui conduit à évoquer des bébés « sur mesure » — soit des bébés dont on aurait modifié des gènes à la demande des parents. Les embryons utilisés dans ces expériences étaient non viables : ils n’auraient pas pu se développer, même si telle avait été l’intention des chercheurs. Mais qu’arriverait-il si on répétait l’expérience sur de « vrais » embryons ?

Des erreurs génétiques. Tout d’abord, ce ne serait pas pour tout de suite, parce qu’on parle ici d’une diminution des erreurs génétiques transmises d’une cellule à l’autre, pas de leur élimination. Les chercheurs se vantent d’un taux de succès de 72 % sur leurs 54 embryons, ce qui reste largement insuffisant pour imaginer que cette expérience quitte les laboratoires à court terme. Le bioéthicien Hank Greely, dans le Scientific American, évalue une perspective « de 10 à 15 ans ». 

Économiquement rentable ? Mais même si ça atteignait un taux de succès de plus de 95 %, il n’est pas sûr que cette technique en vaudrait la peine. Un couple peut d’ores et déjà sélectionner parmi plusieurs embryons celui qui n’est pas porteur d’un gène responsable d’une maladie spécifique ; ça s’appelle le diagnostic génétique préimplantatoire. Dès lors, pourquoi faire l’effort de corriger un gène défectueux ?

Pas un gène, mais plusieurs. Le plus gros obstacle est ailleurs : lorsqu’elle évoque des « bébés sur mesure », la science-fiction imagine des modifications génétiques qui les rendront plus forts, plus intelligents, de futurs coureurs de marathon… Or, au contraire de la maladie cardiaque dont il est question ici, qui résulte d’un seul gène défectueux, tous ces traits sont le résultat de l’interaction de centaines, peut-être même de milliers, de gènes. Et ces interactions demeurent largement mystérieuses pour les généticiens.