On commence à peine à comprendre ce qu’est CRISPR, que déjà, voici CRISPR 2.0 qui approche. Des biologistes annoncent avoir créé une version encore plus précise de l’outil susceptible de permettre d’effectuer des manipulations génétiques. Et une version plus sécuritaire, prennent-ils aussitôt la peine d’ajouter.

La technologie originale CRISPR, qui pénètre de nouveaux laboratoires et fait l’objet de nouvelles annonces pratiquement chaque mois, s’avère déjà plus précise que ce qui existait jusque-là pour désactiver un gène défectueux — et le remplacer par un autre. Elle atteint toutefois plus souvent ses limites lorsqu’il s’agit de « réparer » un gène : c’est-à-dire ajouter un segment d’ADN dans une cellule, dans l’espoir qu’il y déclenche le processus de correction. Or, la manœuvre ne fonctionnerait apparemment qu’une fois sur 10.

C’est donc là-dessus qu’ont travaillé David Liu et son équipe de l’Université Harvard, parallèlement à Feng Zheng et son équipe de l’Institut Broad au MIT. Dans deux articles, publiés simultanément cette semaine dans Nature et Science, ils annoncent que la version améliorée de leur « ciseau génétique » — la métaphore employée le plus souvent pour désigner CRISPR depuis trois ans — peut modifier jusqu’au niveau de la paire de bases azotées — c’est-à-dire les lettres A-C-T-G dont les combinaisons forment nos gènes. Si leur percée se confirme, il serait possible de changer une seule de ces lettres à la fois sans briser la séquence. Cela signifie surtout que la transformation ne serait pas permanente : elle serait réversible — un gros enjeu, qui est au cœur des inquiétudes sur l’éthique de démarrer ces expériences sur des humains.

L’enzyme appelée Cas13 que le groupe qui publie dans Science a créée pour faire ce travail n’existait pas dans la nature — il leur a fallu pour l’obtenir faire évoluer une lignée de bactéries qui avait été modifiée génétiquement avec ce seul objectif.