Comme chaque année, la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques coïncide avec la publication de données choquantes ou de prises de position destinées à frapper l’imagination. Ce lundi n’aura pas fait exception — encore qu’une lettre signée par 15 000 scientifiques, le jour même où on apprend que les gaz à effet de serre sont repartis à la hausse, se range dans une nouvelle catégorie. 

Vingt-cinq ans après son premier cri d’alarme sur les changements climatiques, l’un des regroupements militants les plus connus du monde scientifique, l’Union of Concerned Scientists, frappe en effet un grand coup en lançant un « deuxième avertissement à l’humanité », avec cette fois plus de 15 000 signataires :

Depuis 1992, hormis la stabilisation de l’amenuisement de la couche d’ozone stratosphérique, non seulement l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d’entre eux se sont considérablement aggravés. Particulièrement troublante est la trajectoire actuelle d’un changement climatique potentiellement catastrophique… Nous avons en outre déclenché un phénomène d’extinction de masse, le sixième en 540 millions d’années environ, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement, ou en tout cas se trouver au bord de l’extinction d’ici à la fin du siècle.

Le même jour, un bilan paru dans trois revues scientifiques apporte une autre mauvaise nouvelle : après trois années pendant lesquelles les émissions de gaz à effet de serre (GES) s’étaient à peu près stabilisées, 2017 verra une croissance de 2 %.

La hausse a d’autant plus surpris que la stabilisation de ces trois dernières années s’était faite en dépit d’une croissance économique — au point de laisser croire aux plus optimistes qu’on avait peut-être atteint un sommet dans les émissions de GES. En Chine toutefois, ces trois années avaient plutôt vu un ralentissement de la croissance économique, écrit cette semaine le Global Carbon Project, le groupe international de chercheurs qui est derrière ces calculs. Or, la croissance a maintenant repris là-bas, et ça se fait sentir sur les émissions des centrales au charbon chinoises : on projette une hausse de 3,5 % cette année. Qui se répercute donc sur le calcul mondial, puisqu’à elle seule, la Chine produit près d’un tiers de toutes les émissions de CO2.

La hausse chinoise aurait pu être contrebalancée s’il y avait eu des baisses significatives ailleurs, mais les émissions en Europe et aux États-Unis n’ont diminué que « légèrement ». Et celles de l’Inde sont en croissance rapide.

L’un des bémols du rapport 2017, conviennent les chercheurs du Global Carbon Project, est qu’il pourrait s’agir d’un « pic » isolé, et que la tendance générale pourrait nous ramener d’ici 2020 vers le plateau des dernières années. Il faut aussi rappeler que dans le cadre de l’Accord de Paris, la Chine s’est fixée pour cible que sa propre croissance des GES atteigne un sommet d’ici 2030. Mais à plus long terme, il faudra viser une réelle décroissance, et non un plateau, pour espérer limiter la hausse des températures.

C’est également le message qu’envoient les 15 000 scientifiques, mais sur un ton plus dramatique :

En échouant à limiter adéquatement la croissance de la population, à réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance, à réduire les émissions de GES, à encourager le recours aux énergies renouvelables, à protéger les habitats naturels, à restaurer les écosystèmes, à enrayer la pollution, à stopper la « défaunation » et à limiter la propagation des espèces exotiques envahissantes, l’humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger.