En 2017, le portrait s’est considérablement compliqué : à partir de quel moment un fossile peut-il commencer à être appelé « Homo sapiens » ?

La plus grosse énigme a pourtant continué cette année de s’appeler Homo naledi, mais ce n’est pas parce que le décompte des os et des dents a atteint les 1800, depuis cette découverte dans une caverne d’Afrique du Sud en 2015. La véritable raison de l’énigme est l’arbre généalogique : faut-il placer Homo naledi tout près de nous, Homo sapiens, compte tenu de son anatomie qui semble en faire un humain « moderne », ou plus loin, vu son petit cerveau et sa taille ? Cette année, son âge a été évalué entre 230 000 et 300 000 ans, ce qui le place étonnamment près de nous pour un humain qui vivait aussi loin que l’Afrique du Sud.

D’autant plus qu’en parallèle, l’idée que les traits propres à l’Homo sapiens se soient cristallisés en Afrique de l’Est il y a 200 000 ans, a pris du plomb dans l’aile. Une découverte au Maroc pourrait y situer un ancêtre direct il y a 300 000 ans ; le décodage d’un génome sud-africain vieux de 2000 ans situerait « l’ancêtre commun » à tous les humains il y a au moins 260 000 ans ; et des analyses de génomes continuent de nous découvrir des « fantômes » de Néandertaliens et de Dénisoviens, signalant du coup que, qui que puissent être nos ancêtres directs, ils ont échangé des gènes à plus d’une reprise avec des cousins qui avaient quitté l’Afrique longtemps avant eux.

Bref, le « point de départ », si tant est qu’il y en ait un seul, est devenu plus flou, tout comme la frontière entre Homo sapiens et tous les autres humains qui vivaient en Afrique il y a 200 à 300 000 ans est elle aussi devenue plus floue. Les généticiens continuent pendant ce temps de traquer de l’ADN qui serait demeuré intact dans ces fossiles, seule façon par laquelle il sera possible de lever le voile. À suivre en 2018.