Une métropole moderne peut-elle tomber en panne d’eau ? C’est la première mondiale qu’est apparemment en train d’expérimenter Le Cap, en Afrique du Sud : si la tendance se maintient, à la mi-avril, ses 4 millions d’habitants devront faire la queue pour avoir leur ration d’eau quotidienne. Un avant-goût de ce que d’autres métropoles vont devoir subir dans un futur pas si lointain ?

Depuis le début de l’année, les résidents sont « encouragés » à limiter leur consommation quotidienne à 87 litres, et à partir du 1er février, à 50 litres. À moins qu’un miracle météorologique ne fasse remonter le niveau de la nappe phréatique d’ici là, les réservoirs seront à sec à la mi-avril. À titre de comparaison, un Américain moyen utilise plus de 300 litres d’eau par jour. Un Britannique, 150 litres.

La cause immédiate : le manque de pluie. Depuis trois ans, Le Cap a reçu des précipitations inférieures à la normale, asséchant les terres environnantes et empêchant le renouvellement de la nappe phréatique. La cause plus profonde : le développement urbain accéléré de la métropole depuis une vingtaine d’années a conduit à puiser davantage d’eau dans cette nappe que ce qu’elle est capable de fournir — un phénomène courant dans plusieurs autres endroits de la planète, notamment le Sud-Ouest des États-Unis.

São Paulo au Brésil est venue tout près de devoir couper l’eau il y a trois ans : les restrictions imposées à ses 20 millions d’habitants ont permis d’éviter la crise, mais la mégalopole reste dans la liste des villes « à risque ».

Un projet d’usine de désalinisation — transformer l’eau de mer, salée, en eau potable — est en cours près du Cap, mais ne sera pas terminé avant cet automne.

En attendant, une partie de la population du Cap vit encore dans le déni : selon ce que rapportaient les médias sud-africains la semaine dernière, seulement 39 % des citoyens se seraient conformés aux directives de rationnement de l’eau pendant la première quinzaine de janvier, conduisant les autorités à devancer la journée fatidique du 21 au 12 avril — c’est-à-dire le « jour zéro », celui où l’alimentation en eau sera coupée dans tous les robinets des résidences, des bureaux et des commerces, à l’exception des hôpitaux. Quatre millions de personnes devront alors aller chercher leurs 25 litres quotidiens dans l’un des 200 centres de distribution de l’État, une situation qui pourrait mal tourner, craignent à présent plusieurs résidents.

La plupart des villes du monde qui voient approcher de telles crises refusent elles aussi d’imposer aux citoyens des réductions d’eau, préférant s’en tenir à des mesures volontaires — avec des résultats plus ou moins heureux. « Ceci devrait être un signal d’alarme pour les autorités municipales et nationales à travers le monde », écrit le Financial Times, un journal conservateur qui a moins l’habitude de s’alarmer des impacts appréhendés des changements climatiques, mais qui est publié dans une ville — Londres — qui fait elle aussi partie de la liste des villes « à risque ».

Ajout 2 février: Une bataille dans une file d'attente près d'une source naturelle a conduit la ville à placer des gardiens de sécurité. Une personne a été arrêtée.

Ajout 3 février: “We’ve identified four risks: water shortages, sanitation failures, disease outbreaks and anarchy due to competition for scarce resources”. (The Guardian)

Ajout 5 février: "Les politiciens du Cap ont réalisé il y a des années que les changements climatiques étaient une menace. Alors ils ont concentré leurs efforts sur la conservation de l'eau, et ces efforts leur ont valu l'attention du monde —et des prix. Mais ce n'était pas assez." (E&E News)

Ajout 6 février: Un répit. Le jour zéro est repoussé du 12 avril au 11 mai, en partie grâce à des coupes du côté de l'agriculture. Le niveau des six réservoirs a diminué de 0,8% dans la semaine prenant fin le 5 février, pour atteindre 25% de leur capacité. À 13,5%, l'équipement municipal ne sera plus capable de pomper l'eau.

Ajout 20 février: Un autre répit. Le Cap annonce que le Jour zéro est reporté au 9 juillet.

Ajout 8 mars: Le jour zéro a beau avoir été repoussé, à long terme, Le Cap fait face à de gros défis et les économies d'eau pourraient bien devenir permanentes.