Face aux inondations, grandes marées et autres événements extrêmes, les architectes devront adapter maisons, écoles et bâtiments publics aux changements climatiques. Travailler en amont pour éviter les mauvaises surprises en aval, c’est ce que recommande Catherine Dubois, la coordonnatrice de Schola, une plateforme québécoise d’expertise et de formation en architecture scolaire, mise en place à l’École d’architecture de l’Université Laval.

« L’idée est d’augmenter la résilience des bâtiments. Il y a plein de petites choses que l’on peut faire, pas forcément onéreuses, comme privilégier certains matériaux qui sèchent rapidement — la brique et le béton, au sous-sol — ou encore la ventilation naturelle », relève la chercheuse en architecture.

Dans le cadre de sa recherche post-doctorale, Catherine Dubois avait recensé 73 solutions à l’intention des architectes et autres promoteurs pour voir de manière différente la manière d’aborder le bâti.

Elle travaille actuellement à concevoir un site internet qui détaillerait ces approches. L’objectif de la jeune chercheuse est de rejoindre architectes et designers, mais aussi, plus largement, tous ceux qui se soucient de rénovation et de construction.

Les impacts risquent d’être directs — les pieds et le mobilier dans l’eau ! — et indirects : « on oublie souvent les pannes de courant qui pourraient être évitées avec une simple intervention, comme de conserver à l’étage le compteur et la génératrice électrique, ainsi que les gros électroménagers », relève Catherine Dubois.

Ingéniosité et climat

Lors de différents ateliers avec les professionnels, Catherine Dubois a réalisé que de nombreuses lacunes subsistent lorsqu’on parle des changements climatiques avec des promoteurs et des architectes, à commencer par l’autonomie énergétique ou la gestion des crues printanières. « Il faut aussi voir ce qui est réalisable sous nos latitudes. Les maisons sur pilotis, ce n’est souvent pas une bonne idée en raison de la glace de mer et de l’exposition au vent de nos côtes. Mieux vaut une digue ou des brise-lames artificiels ! », affirme-t-elle.

S’adapter au contexte et anticiper les dommages sont donc les deux pistes à privilégier. Le bouquet de solutions vise à rendre le bâtiment autonome, en dépit des évènements climatiques. « Il faut renforcer l’isolation, l’étanchéité et penser à investir dans l’énergie renouvelable pour continuer à fonctionner en dépit des moments de panne », assure Mme Dubois.

Il faut aussi revoir nos manières d’aborder les problèmes. Ainsi, pour elle, la solution n’est pas forcément d’empêcher l’eau de pénétrer dans la maison. « Plutôt encourager sa circulation pour que les dommages soient minimes et que le sous-sol sèche le plus rapidement possible ».

Pas de révolution technologique à l’horizon, il s’agit plutôt d’adopter les bons réflexes et d’être ingénieux. À l’échelle des bâtiments, mais aussi à celle des villes. « Cela prend une vision holistique urbaine. Lutter contre les îlots de chaleur ou les inondations demande aussi de revoir la manière dont on vit en ville au 21e siècle », résume Catherine Dubois.

Du côté du bâti public, le Conseil national de recherches du Canada a d’ailleurs annoncé en février sa volonté d’augmenter la résilience aux changements climatiques des bâtiments et infrastructures canadiennes. Un projet novateur pour mettre à jour les codes du bâtiment, en collaboration avec Infrastructure Canada, devrait servir aussi aux ponts, routes, eaux usées et transits ferroviaires.

Et les écoles ?

Repenser les écoles fait par ailleurs l’objet d’un chantier du gouvernement québécois. Près de 2000 écoles primaires et 400 polyvalentes vieillissantes bénéficieront de l’expertise de la dizaine de chercheurs en architecture et design du projet Schola.

« Ce n’est pas dans le mandat du projet d’adapter les écoles au réchauffement climatique, mais il nous appartient de travailler ensemble à augmenter leur résilience et leur efficacité énergétique », soutient Carole Després, directrice du Projet Schola et du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues (GIRBa) de l’Université Laval.

Schola est un « projet de recherche-action » de cinq ans de l’Université Laval, financé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) à hauteur de 2,54 millions $. Il vise la rénovation des écoles primaires et secondaires du Québec construites entre 1946 et 1964 — 75 % des écoles dateraient de plus de 50 ans.

Les architectes proposeront des solutions faisant des liens avec le développement durable et les nouvelles pratiques — dont des moyens passifs et moins énergivores pour réguler l’énergie, comme la plantation d’arbres sous les fenêtres.

Les rénovations ciblent le bâti, mais les cours d’école — trop souvent asphaltées, elles forment des îlots de chaleur — et leurs environs pourraient profiter d’une vague de verdissement bienvenue. Plus largement, il s’agira de repenser la planification urbaine en anticipant les évènements liés au climat — des travaux que le GIRBa mène déjà pour adapter les banlieues.

Au-delà de l’école, la réflexion devra donc englober notre manière de vivre en communauté urbaine pour privilégier la manière la plus ingénieuse et résiliente de faire face aux nouvelles réalités climatiques qui nous attendent.