Depuis 50 ans, des écoles américaines demandent à des élèves de « dessiner un scientifique » (Draw a scientist). Au fil du temps, l’exercice était devenu une façon de confronter les jeunes à leurs stéréotypes. Or, voici qu’une étude démontre qu’aujourd’hui, spontanément, les jeunes vont plus souvent dessiner une femme… mais seulement une fois sur trois.

L’exercice avait été popularisé par des recherches qui, à partir des années 1960, avaient constaté qu’en plus d’accumuler les stéréotypes — un sarrau blanc, des lunettes, une chevelure bizarre, beaucoup d’équipement de laboratoire — ces dessins représentaient presque toujours des hommes. Un chercheur australien, David Chambers, qui avait rassemblé 4800 dessins pondus par des élèves du primaire de trois pays entre 1966 et 1975, y avait trouvé seulement 28 femmes, et toutes avaient été dessinées par des filles.

Le psychologue David Miller et ses collègues de l’Université Northwestern (Illinois) ont donc eu l’idée de refaire une étude, et les résultats sont encourageants : de moins de 0,5 %, on serait passé à 30 % de femmes. Leur analyse porte sur 20 000 dessins allant de la maternelle à l’école secondaire, accumulés par 78 études pendant quatre décennies. Ce qui signifie toutefois que pour chaque période, incluant la nôtre, l’échantillon est relativement petit. De sorte que d’affirmer qu’on a atteint 30 % mériterait d’être confirmé par des analyses plus approfondies, relève Miller lui-même. À tout le moins, la courbe semble montrer une progression régulière du nombre de femmes et les chercheurs attribuent cela à la présence accrue de femmes scientifiques dans les oeuvres de fiction qui s’adressent aux jeunes. Par contre, il semblerait que les plus vieux aient moins tendance que les plus jeunes à dessiner une femme — ce qui pourrait suggérer que le stéréotype de l’homme scientifique, au contraire du stéréotype du sarrau et des lunettes, serait acquis plus tardivement par les enfants.