On entend parler depuis longtemps de l’avancée du désert : le Sahara gruge des territoires sur ses marges et il « avance » vers le nord et vers le sud. Mais combien cela représente-t-il ?

Il s’avère qu’il a grossi en moyenne de 10 % en un siècle, ce qui signifie près d’un million de kilomètres carrés de plus (une superficie plus grande que la France). Avec l’aide d’étés plus chauds et d’hiver plus secs… et ce, dans une région qui recevait déjà moins de 25 centimètres d’eau par an. Or, qui dit moins de pluie dit plus de sable qui, porté par le vent, reste au sol dans les régions semi-arides du Sahel, où il finit par ralentir la croissance de la végétation. Le fait que les pluies aient augmenté dans la région des Grands Lacs, en Afrique de l’Est, ne suffit pas à inverser la tendance du reste du continent.

Le plus gros de l’expansion du Sahara s’est fait dans le sud, aux dépens de régions agricoles de pays comme le Soudan, le Tchad ou la Mauritanie, selon une étude américaine qui vient de paraître dans le Journal of Climate. Les chercheurs soulignent de plus que l’information la plus lourde de conséquences dans leur étude n’est peut-être pas cette croissance du désert de 10 %, mais le fait que cette croissance puisse atteindre les 16 % pendant les mois d’été, soit la période de l’année où l’agriculture consomme le plus d’eau. Une meilleure planification des ressources disponibles devrait donc, idéalement, tenir compte de cette importante variation saisonnière, plutôt que de s’appuyer sur une moyenne annuelle. Et à plus long terme, note le magazine Jeune Afrique, il faudra secouer l’indifférence de la communauté internationale, parce que les initiatives de reverdissement du Sahel relèvent pour l’instant du « travail de fourmi » face à un ennemi beaucoup plus puissant.